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11 n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’un décret du 13 brumaire an 9 ait permisd’employer à côté des termes systématiques, des noms plus usités et plus courts,comme lieue, mille, perche, palme, doigt, trait, muid, setier, boisseau, pinte, verre,millier, quintal, livre, once, gros, grain, arpent, perche carrée, sol, denier. On dutainsi céder à la pression de l’opinion publique, comme aussi l’année dernière enSuisse , lorsque à côté des verres de deux et de cinq décilitres, prescrits par la loi,à partir du 1 er Janvier 1877, on a été obligé de créer une exception pour les habi-tués des brasseries.
Maintenant si nous cherchons à connaître les avantages que présente le mètresur les autres unités de mesure, nous devons déclarer que nous ne pouvons Lui.reconnaître la qualité de mesure naturelle. En effet, l’intention d’établir une mesurenaturelle, n’a nullement été réalisée. Bornons-nous à en fournir deux preuvesessentielles. En premier lieu, nous ferons observer que toute mensuration ne peutfournir qu’une exactitude en rapport avec la précision des divers instruments em-ployés et l’habileté de l’observateur. En second lieu, il ne faut pas perdre de vue qu’au-cune mensuration ne peut présenter des résultats absolus; on n’obtient dans tous lescas que des résultats relatifs, renfermant toujours une erreur plus ou moins grande.
Du reste, plus une opération est compliquée, plus il y a de probabilité et mêmede certitude qu’elle contient quelques erreurs. Jamais une mesure naturelle nedevrait donc être basée sur un mesurage, mais elle devrait, au contraire, commele dit Bessel que nous avons déjà cité, être prise dans la nature, de telle sorte quesa valeur et son étendue puissent être appréciées par nos sens. Il résulte de ce quiprécède que le quart du méridien présente le grand inconvénient d’être une mesurequi ne peut être obtenue qu’au moyen d’une mensuration avec un instrument d’uneexactitude relative.
A cet inconvénient vient encore s’en joindre un second non moins grave. Lacomparaison des résultats de la mensuration d’un degré au Pérou et de celle del’arc compris entre Dunkerque et Barcelone , donne un applatissement de ‘/W.Mais nous savons maintenant depuis longtemps que cet applatissement est plusfort; les données varient aujourd’hui entre et Ysoo. La conséquence qui enrésulte est donc que le quadrant du méridien est un peu plus grand, et cela a d’au-tant plus d’importance que cette différence aurait dû être prise en considérationdans une détermination si précise du mètre. Ainsi le mètre n’est pas ce qu’il devaitêtre dans le principe, à savoir la dix-millionième partie du quart du méridien deParis , il n’est qu’une partie déterminée de la Toise du Pérou . Si l’on n’avait paspris comme point de départ l’idée d’une mesure naturelle, on aurait pu avec infi-ment moins de difficultés, choisir la Toise elle-même ou peut-être seulement unede ses parties et en faire dériver toutes les autres unités de mesures, comme onl’a fait pour le mètre.