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est à defirer que les moyens de supprimer la Corvée soièntfavorisés. Cette question, en dernière analyse, n’est qu’undébat entre les pauvres & les riches ; car il est aisé d’aper-cevoir d’un coup-d’ceil, l’avantage du pauvre à la suppressionde la Corvée. Un homme sans facultés, un Journalier ,dont on exige par an sept ou huit jours de Corvée, n’auroità payer que douze à quinze fous pour fa part à l’Impofitiondes chemins, fi elle étoit établie au marc la livre de la Taille ;& il retrouveroit encore bien amplement le dédommagementde cette petite contribution, par l’introduction de nouveauxouvrages à prix d’argent, au bénéfice desquels il partici-peroit par son travail. Nul doute donc que la Corvée nesoit évidemment contraire aux intérêts de cette classe de vosSujets, vers lesquels la main bienfaisante de Votre Majestédoit fans cesse s’étendre, afin de tempérer autant qu'îl estpossible, le joug impérieux de la propriété & de la richesse.
D'ailleurs la répartition & la perception d’un Impôt enArgent font soumises à des règles certaines, au lieu que ladistribution de la Corvée & la surveillance sur son exécutionmultiplient les décisions & les punitions arbitraires, & obligentà remettre un grand pouvoir entre des mains subalternes.
Cependant , car il faut toujours considérer les objetsd’Administration sous leurs différens rapports, la diversitédes Droits & des Impositions facilitant leur étendue, unimpôt en travail, ou autrement dit la Corvée, est peut-êtreune heureuse idée fiscale, c’est-à-dire, un moyen nouveaude multiplier entre les mains du Souverain, les efforts & lessacrifices de ses peuples ; mais de pareilles combinaisons nepouvant plaire à Votre Majesté, qui est ser-tout jalousede faire servir son autorité au bonheur de ses Sujets, j’ai