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STATION GEODESIQUE AU CANIGOU.
favorable pour continuer ses observations. Biot avait coutume dedire : Le devoir de l’astronome est d’exiger du constructeur un in-strument aussi parfait que possible. Le cercle doit être un cercleparfait, la graduation en 360 degrés ou 400 grades sera exécutéeavec les soins les plus minutieux, afin que les divisions soient rigou-reusement égales entre elles et séparées par des traits d’une fmesseextrême, visibles seulement au microscope. L’instrument achevé etvérifié, on suppose que le cercle est mal centré, mal divisé, queles degrés ne sont pas égaux entre eux, et l’on s’applique à corrigerces erreurs. Borda avait imaginé le cercle répétiteur, qui porteson nom! Ce cercle est muni de deux lunettes placées l’une au-dessus, l’autre au-dessous, et, pour obtenir un angle, on faisaittourner alternativement le cercle et les lunettes, de manière à me-surer cet angle sur tout le pourtour de la circonférence du cerclegradué; mais ces lunettes, ce cercle, étaient chaque fois arrêtés pardes vis; la pression de ces vis n’était pas la même; de là des dé-placemens variables qui annulaient les avantages de cette répétitiondes angles. Dans les instrumens modernes, le cercle seul tourne àfrottement au dedans d’un autre cercle qui lui est concentrique, onne le fixe pas avec des vis, et on mesure chaque angle autant defois qu’on le juge nécessaire sur toutes les parties de la circon-férence. Autre exemple : l’artiste a pris les précautions les plusminutieuses pour que l’axe optique de la lunette coïncide avec ce-lui de l’instrument. Il a réussi; mais le géodésien suppose le con-traire, et retourne l’instrument à chaque série d’observations pours’affranchir de cette nouvelle cause d’erreur. C’est ainsi, en annu-lant toutes celles que l’esprit le plus soupçonneux peut imaginer,que les astronomes et les géodésiens se rapprochent de plus en plusde l’exactitude absolue. Plus les distances sont grandes, plus lesmoyens de mensuration doivent être parfaits. Si je ne craignaisd’aborder des détails trop techniques, je pourrais indiquer encoreun grand nombre de perfectionnemens introduits dans la géodésiemoderne; j’essaierais par exemple de faire comprendre commentl’altitude du Canigou a été déterminée à l’aide de mesures angu-laires réciproques et rigoureusement simultanées par MM. Bassot etPenel. Je me bornerai à dire que ces observations, éliminant leserreurs dues à la réfraction terrestre, ont confirmé l’exactitude dunombre 2 785 mètres, obtenu par le colonel Corabœuf.
Souvent les opérations géodésiques sont difficiles et même im-possibles avec les anciens signaux, parce que l’horizon n’est pasbien pur et paraît comme enfumé, bien que le ciel soit parfaitementserein. Dans la journée du 25 août, nous fûmes témoins d’un phé-nomène optique analogue encore inexpliqué, quoique bien connu