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STATION GEODESIQUE AU CANIGOU.
longeait dans l’ouest jusqu’aux cimes les plus éloignées; elle dimi-nua peu à peu en se rapprochant, et s’évanouit enfin dans la val-lée de la Têt. Le jour était venu, précédé d’une aurore prolongée,et le soleil en quittant la callina était assez élevé au-dessus del’horizon pour illuminer à la fois la plaine et la montagne.
Je crois en avoir dit assez pour que le lecteur soit pénétré del’importance et de la difficulté des travaux géodésiques. Ces tra-vaux sont le fondement de la géographie, et celle-ci à son tour estla base de l’art militaire, dont toutes les combinaisons reposent surune connaissance exacte de la géographie et de la topographie descontrées où les armées ennemies manœuvrent les unes contre lesautres. On sait ce que l’ignorance de la géographie de notre proprepays nous a coûté, et l’on s’étonnera que les travaux géodési-ques soient si peu prisés par ceux-là mêmes qui sont destinés àen recueillir les fruits. Croirait-on que les campagnes géodési-ques ne comptent pas comme des campagnes militaires et ne soientmême pas assimilées aux fonctions si douces, si peu fatigantespour le corps et pour l’esprit, que les capitaines d’état-major rem-plissent auprès des généraux qui commandent les divisions d’Al ger , d’Oran et de Constantine ? Comprend-on que l’avancement soitmoins rapide pour les officiers chargés de ces travaux que pour lesautres? Dans les pays étrangers, en Angleterre, en Allemagne , enRussie , en Espagne , ce sont des généraux qui sont à la tête du ser-vice géodésique, et ce sont des travaux géodésiques qui leur ontvalu ce grade. En France , nos géodésiens les plus célèbres, Puis-sant, Corabœuf, Brousseaud, Peytier, Ilossard, n’ont pas dépassécelui de colonel; Delcros, l’un des plus méritans, est mort comman-dant après avoir pris part à toutes les grandes opérations .de lacarte de France . L’art militaire étant l’application de toutes lessciences à la défense du territoire, le courage n’est point la seulequalité qu’on puisse et qu’on doive exiger d’un officier : le savoirlui est aussi nécessaire que la bravoure ; il combattra avec sa tèteplus efficacement qu’avec son bras, et il n’est pas quitte enversson pays quand il a prouvé qu’il ne craint pas de mourir pour lui.L’étude doit donc être recommandée aux militaires autant qu’auxprofesseurs et récompensée chez les uns comme chez les autres, caraujourd’hui c’est par la science qu’un peuple s’élève au-dessus desautres dans les arts de la paix comme dans ceux de la guerre.
III. — CLIMAT ET I’LOBE DU SOMMET DU CANIGOU.
Pendant les séjours que j’ai faits sur les hautes montagnes, laflore des sommets m’a toujours vivement préoccupé. N’est—il pas