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Tome premier.
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86 PREMIÈRE PARTIE.

velours et satin soit défendu, si cen’est aux gentilshommes.*»C’est encore la richesse des étoffes qui distinguait les différentsgrades des membres des parlements; la laine en était exclue,même dans la robe des fonctionnaires les plus modestes. Pourles huissiers, elle était en taffetas; les greffiers portaient du ba-tavia(tissu croisé en soie); les conseillers étaient vêtus ensatin, et les présidents, en velours.

Lorsqu'au dix-huitième siècle, l’opinion des masses et lesécrits des philosophes eurent fait théoriquement justice desmoyens extérieurs pour distinguer les classes, les mœurs etl’usage en prolongèrent cependant la coutume; et si quelquesriches parvenus se permettaient des vêtements de luxe, ils for-maient l’exception, à en juger par le costume modeste des dé-putés du tiers état en 1789, presque tous vêtus en drap brununi. Cest donc à partir de la Révolution que la consommationdes lainages de toutes sortes est devenue universelle, ainsi quele pressentait Colbert, si l’on s’en rapporte aux appréciationsd’un économiste que nous avons cité précédemment.

Mais la production, limitée dans sa source, par le nombreconsidérable de bras exigé dans l’ancien système de fabrication,serait restée stationnaire, si la puissance d’action ne s’étaitélevée, métamorphosée au point de devenir un des faits les plusremarquables de l’époque la plus féconde en grands événe-ments. Nous voici arrivés aux premières installations de lamachine à vapeur, à l’application étendue de la loi. de la divi-sion du travail et des transformations automatiques. Les succèsobtenus dans cette voie pour le coton ont contribué à ceux dela laine. Afin d'apprécier nettement le chemin parcouru etl’importance des progrès réalisés dans la production des lai-nages, constatons d’abord l’ancien mode d’opérer.

Un historien dont les travaux ont été plusieurs fois cou-

* Cahier de la noblesse, 1615. A, Thierry, Essai sur l’histoire du tiersétat, p. 151,