88 PREMIÈRE PARTIE,
aussi je les tonderai avec de grandes forces. Je leur donneraiencore un léger trait de chardon lorsqu’on me demandera desdraps tout prêts. Je répéterai une, deux fois ces opérations;enfin, si je ne veux pas laisser mes draps en blanc, je les en-verrai au teinturier; sinon, je les presserai, je les calendrerai.— Combien de longueur donnerez-vous à votre pièce de drap?— Quinze aunes.— Et de largeur?— Sept à huit quarts.—Si le tisserand donnait des dimensions moindres à ses pièces,que lui arriverait-i1?— TI aurait le poing coupé, et c’est bienfait. Tant pis pour les voleurs; les honnêtes tisserands ont tou-jours voulu conserver leurs deux mains pour dire le chapelet.»
«. Voici les prix que m’a donnés ce bon tisserand; il lesconnaît mieux que personne: la livre de laine, quatre sous;l’aune de drap, quarante sous; l’aune de blanchet, six sous.!»
Les renseignements sont complets sur les transformations,sauf certaines opérations accessoires, telles que le ratinage,pratiqué dès lors en Hollande, et peut-être chez nous. Lesopérations sont restées les mêmes en principe: seulement, lesmoyens pour arriver aux résultats se sont profondément mo-difiés. La sévérité avec laquelle on punissait une infractionaux règles, qui n’était pas toujours du fait de la mauvaise foi,indique plus de rigidité dans l’observation des principes que deconnaissances techniques. La faculté de travailler, la nature dela matière première, son mode d’emploi, ete., étaient soumis àdes règles non moins invariables. Nous avons déjà insisté surces points. La disposition des maîtres à l’égard des ouvriers etla législation qui réglait leurs rapports étaient tout aussi op-pressives que celles concernant les rapports entre seigneurs etbourgeois. L’abolition de ces entraves par le nouveau régime aété aussi féconde peut-être en résultats que la substitution dutravail automatique aux manipulations surannées. L’élan qui
| A,-A, Monteil, Histoire des Français des divers états, ép. LXXXI,Quatorzième siècle,