traces nous font défaut, nous les retrouvons dans les villes immuables, commel’Allemagne et l’Espagne en possèdent encore aujourd’hui, où les mêmes besoinset les mêmes habitudes ont créé des dispositions matérielles presque identiques.La topographie comparée, traitée avec prudence et circonspection, nous paraîtappelée à éclairer bien des points restés douteux jusqu’ici.
Etablissons toutefois, en principe, que, pour exécuter un plan de ce genre, ilne faut point s’astreindre à l’exactitude mathématique qu’exige le plan en simpletracé. Dans ce dernier système, en effet, on peut indiquer par des pointillés, oumême par des lacunes, les points douteux ou inconnus, superposer diversesépoques en enchevêtrant, le moins confusément qu’il est possible, les tracés deslignes qui se sont succédé dans un même lieuW. Le plan cavalier doit, au con-traire, accuser tout, suppléer à ce qui fait défaut et ressusciter enfin la villeou le lieu, à un moment donné. C’est un parti à prendre et à faire accepter; c’estle seul qui puisse aider à l’intelligence des auteurs anciens, et rendre raison departicularités souvent incompréhensibles à la simple lecture.
Il est facile de concevoir, quand on sait comment les choses se pratiquaient aumoyen âge, qu’à diverses époques le tracé simple d’un plan pourra être absolu-ment semblable, et que, cependant, l’aspect des édifices et des maisons aura puchanger. On avait coutume alors, par économie ou par nécessité, de conserver,autant que faire se pouvait, les substructions des édifices sur l’emplacement ou surles ruines desquels on bâtissait à nouveau. A cela il y avait deux raisons : la pre-mière, qui touchait à la propriété, c’est qu’on ne changeait évidemment rien àl’état des lieux, et qu’on évitait ainsi toute contestation avec ses voisins ou avec
Conditions nécessairesà rétablissement,d’un plan cavalier.
des façades réparées ou transformées, on retrouvaitintactes tes distributions, les descentes de caves, tesallées, dont il est si souvent question dans les récitsdes époques dont nous nous occupons. À Rouen , ona fait disparaître tout un quartier central, d’un in-térêt historique et topographique vraiment curieux,à cause de la nature des constructions ; quoiqu’ellesfussent sans valeur architectonique, c’étaient de vraismodèles de l’architecture des maisons d’un usagecourant. On trouve bien encore quelques maisonsayant un intérêt artistique; mais un pareil as-semblage de pans de bois, formant des habitationsdestinées exclusivement à la classe ouvrière oupauvre, c’est une chose bien rare et qu’il faudramaintenant chercher au loin.
(1) C’est le parti auquel s’est arrêté M. A. Bertydans les plans de restitution qu’il a dressés pour laTopographie historique du Vieux Paris; c’est celuique nous suivrons nous-même dans la continuationde cet ouvrage. Nous regardons comme indispen-sable à l’intelligence des textes cette superpositiond’édifices et de lotissements ; mais l’établissementd’une série de plans d’époques précises, avec tracésimple, devient ensuite absolument indispensable;autrement, ceux qui ont l’habitude de parcourir etd’étudier les documents des archives ou les historiensdu moyen âge, comprendront facilement dans quelleconfusion l’obscurité et la divergence des dénomina-tions pour un même lieu jetteraient le lecteur quin’aurait pas sous les yeux un plan figuratif.