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PLANS DE RESTITUTION.
Ce morcellement se comprend : an moment où il se fit, le revenu immobilierétait tout, qu’il se présentât sous forme de loyer ou de cens; le marchand et l’ar-tisan étaient «en louaigen ou en censive. La bourgeoisie toutefois s’empressa d’ac-quérir, dès que les propriétaires terriers commencèrent à aliéner pour payerleur luxe. Les croisades avaient provoqué ce mouvement; les guerres civiles etla résidence dans les villes le précipitèrent. On comprend que, un siècle après,la Ville ait pris un autre aspect : des quartiers nouveaux avaient recouvert les cul-tures et les marais ; l’ancienne enceinte était en vahie par les maisons voisines ô), etse trouvait même démolie en certains endroits. Les collèges qui, en i38o, occu-paient simplement les hôtels ou les maisons qui leur avaient été donnés, et sedistinguaient à peine des autres îlots, devenaient des édifices à part, plus régu-liers, munis chacun de sa chapelle plus ou moins monumentale ( 1 2) . L’aspectchange donc, abstraction faite du style architectural des édifices, que notre échelle,nécessairement réduite, ne permettrait pas d’apprécier.
coupd'œiigénérai On a dit que l’architecture et les arts d’un peuple écrivent son histoire vraie,
sur
ie Paris du moyen dgc et expliquent ou justifient certaines parties obscures de la vie publique; cette vé-
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rité tend à devenir de moins en moins contestable. Quelle que soit la directionimprimée aux études des architectes ou des artistes, ils seront toujours forcés deconstruire et de décorer les maisons selon les nécessités du temps. L’écrivain peutdissimuler, mentir même ; l’architecte, et parfois le peintre, le sculpteur, ne le peuventguère, parce qu’il leur faut le concours de trop de volontés et l’emploi d’un tropgrand nombre de moyens pour agir en toute liberté. Plus on entrera, sans sys-tème préconçu, dans les détails de la période du moyen âge (période qu’on peut
(1) De ce fait que les murs et les tours de l’en-ceinte de 1211 furent promptement envahis par lespropriétés voisines, il ne faut pas inférer que lajouissance impliquait la propriété ; nullement. L’E chevinage , ou plutôt le Bureau de la Ville, louait cesplaces et en percevait soigneusement les revenus,aussi bien sur la rive gauche que sur la rive droite.Il affermait môme les places vagues, qui avaientservi de dégagement aux portes ou aux tours, ouqui provenaient de délaissements. On voit que cescoutumes et ces droits tacites de la Ville se sont per-pétués et conservés, presque avec les mêmes for-malités.
(2) Pour se rendre bien compte de l’aspect duquartier de l’Université, rempli d’écoles, de col-
lèges et d églises, il ne laut pas oublier que, à cetteepoque, tout clerc était ou devenait prêtre, et qu’ilest tout simple que les fondateurs, aussi bien queles professeurs, aient tout d’abord pensé aux besoinsspirituels des écoliers. La plupart des clercs et desdignitaires de l’Université sortaient du peuple, ets ennoblissaient par la tonsure et la robe de doc-teur. Il n’est donc point étonnant que, se voyantlibres de parler et d’écrire, de prêcher et d’ensei-gner surtout, ils aient parfois dépassé le but deleur institution, et soient devenus, eux clercs etsoumis à l’Église, les premiers promoteurs desmodifications d’opinions et de croyances qui, dansl’ordre matériel, amenèrent les transformations desédifices et des cités.