15
appeler de la propriété à outrance, et du respect souvent exagéré de cette pro-priété), plus on comprendra l’existence prolongée d’une telle société. Un côté del’histoire nous la présente comme livrée à une agitation perpétuelle ; mais les hasesmêmes de l’édifice, tel que le moyen âge l’avait constitué, c’est-à-dire la perpétuitéde la possession dans l’ordre matériel, n’étaient nullement ébranlées. Rien nerend le fait plus sensible, que la persistance avec laquelle le vieux Paris s’est con-servé jusqu’à notre temps. Sans doute des transformations notables s’y sont opé-rées avant l’époque moderne; mais ce travail se faisait par périodes; on appro-priait avant de démolir et de rebâtir.
Paris commence par un noyau de palais et d’hôtels fortifiés, entourés de mu-railles élevées, sans ouvertures extérieures, mais ayant au dedans des jardins, desbosquets et des galeries bien aérées. Il n’y a de maisons de marchands, ou d’ar-tisans, que ce qu’il faut pour le service de ces palais et de ces hôtels, et ellesappartiennent aux seigneurs. Chaque maison est occupée par le maître et sesouvriers et apprentis, ou par le ménage et sa famille. Plus tard, les seigneursbâtissent dans leurs clos ou se resserrent dans le centre de leur propriété, parta-geant et divisant en habitations les parties qui bordent les voies publiques ; plustard encore, ils divisent leurs hôtels du centre, parce que la valeur locativeaugmente, et ils vont habiter dans les faubourgs ou autour du palais des rois.A mesure que la population grossit, les libertés des bourgeois deviennent plusgrandes, ou plutôt s’accroissent par la force même des choses; les nobles s’écartentdu centre où s’agitent le peuple et le commerce, et cherchent non-seulement latranquillité, mais encore la sécurité dans les quartiers excentriques : phénomènetopographique que nous espérons bien démontrer et expliquer, en continuant laTopographie historique du Vieux Paris, et qui se reproduira toujours, parce qu’ilest la conséquence de l’état de la société civile, et qu’il doit en suivre les lois. C’estsurtout au moyen âge qu’on peut l’étudier dans Paris , théâtre de tant de révolu-tions de toute nature.
En même temps que les hôtels se divisent, des clos entiers deviennent desespèces de ruches : l’école est au milieu avec ses collèges et ses boursiers, et toutà l’entour les hôtelleries remplies d’étudiants libres. Ainsi en est-il du quartier dela rive gauche ou de l’Université. Sur la.rive droite, pas de collèges; on voit desmaisons à boutiques, des ateliers dans les cours et le long des passages, quelques
Mode de peuplement.
Vue d’ensemble.