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[Première partie.]
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154 MÉMOIRE

ère j mais que ce ne sont que des observations d’éclipses de soleil et de lune, queles prêtres, par superstition, inscrivoient dans leurs temples avec plus d’exactitudeque les autres peuples , et par la comparaison desquelles ils ont été amenés plustôt à en conclure des périodes lunaires : ce qui ne suppose nullement, ajoute-t-on,qu’iîs aient eu besoin pour cela d’être astronomes, et encore moins qu ils aientété les maîtres des autres nations en cette science ».

C’est par de tels préjugés, que l’on croit pouvoir combattre l’opinion assez géné-ralement répandue chez les anciens, que les Babyloniens sont les créateurs del’astronomie, et qu’ils l’ont enseignée aux Grecs; opinion qui, pour peu qu onréfléchisse sur l’impossibilité de ne pas voiries phénomènes célestes, paraîtra aussibien fondée que celle qui, dans l’antiquité , attribuoit le premier développementde la géométrie aux Egyptiens , et celui de l’arithmétique aux Phéniciens (i).

Dans le fait, un peuple originairement nomade, qui habitoit les grandes plainesde la Mésopotamie, et celles qu’arrosent les courants réunis de l’Euphrate etdu Tigre , pour qui le ciel étoit toujours sans nuage , et qui étoit obligé , par lachaleur de son climat, de choisir la nuit pour voyager et paître ses troupeaux,a dû se porter de bonne heure à la contemplation des étoiles. C’est une remarqueque Cicéron a déjà faite (2), quand il a dit : Principio Assyrii ( 3 ) propter plani *tient magnitudinem què regionum quas incolebant , cum cœlum ex omni parte

(1) Y. Strabon, L. xvii. Comment seroit-il possible qu’un peuple qui a élevé de si admirablesouvrages d’architecture, qui a creusé tant de canaux , et qui a exécuté tant de travaux ge'odésiquesdepuis les plus anciens temps, que l’ont fait les Egyptiens, n’ait pas été en possession d’une géo-métrie déjà très-développée ? Les notions que nous avons des découvertes géométriques de Thaïeset de Pythagore , auxquels on attribue les premiers théorèmes, ne se trouvent guères que chez lesauteurs des derniers temps de l'antiquité , tels que Proclus , auteur très-peu critique. Pythagore peutbien avoir été conduit à la démonstration qui porte son nom , par des principes justes; mais qu’il aitapperçu tout d’un coup la propriété si simple du triangle rectangle, c’est ce que je crois aussi peuque son prétendu hécatombe en actions de grâces aux dieux pour cette belle découverte ; car sonhorreur pour l’effusion du sang lui interdisoit un pareil sacrifice.

(2) De Divin. L. I. 2.

( 3 ) Ce sont les Babyloniens qui sont ici désignés. Assur ou l’Assyrie comprcnoit, chez les Orien-

taux, non seulement les provinces de l’ancien empire d’Assyrie , le long du Tigre , mais encore toutesles contrées de l’Asie antérieure , à l’exception de l’Arabie , dans lesquelles on parloit la langue sémi-tique en tous ses dialectes. Les Grecs changèrent ce nom en celui de Syrie, pour abréger. ( Hérod.vu. 65 . ) C’est ce que confirme l’auteur de l’Epinomis , quand il fait la remarque qui revient assez àce que nous disons ici, « qu’il y avoit un ancien pays où , au commencement, on observoit les astresdans un beau ciel d J été, tel que celui dont jouissent les Egyptiens et les Syriens. » ( Plat. 703. Lugd.j 5 qo. fol. ). Plus tard, le nom Syrie fut borné au pays situé entre la mer Méditerranée et l’Euphrate,ou même le Tigre. ^