SUR LE CYCLE DE MÉTON. i 83
jours en chaque mois, qui peut clouter encore que les mois n’aient été régléset mesurés d’après ce calendrier ?
U se présente ici une question qui est de savoir si lé cycle dit de Méton a com-mencé à être mis en usage dès sa première année, 1 an i de la 87 e olympiade; celaparoît en soi très-vraisemblable , et ne souffriroit pas le moindre doute, d’aprèsun mot de Festus Avienus, si l’on pouvoit prendre une entière confiance dans lesexpressions de ce prolixe paraphraste. Il dit, dans son poëme travesti de celuid’Aratus, après avoir parlé de l’octaëtéride d’Harpalus qu’il prend faussementpour une période de neuf années, à cause du mot ennéaëteris qui désignoitaussi l’octaëtéride.
Jllius ad numéros prolixa decennia rursùmAdjecisse Meton cecropea dicitur arte ,
Inseditquè animis , tenuit rem grœcia sollersProtinus , et longos inventum misit in annos.
Aristophane semble contredire cette assertion dans ses Nuées qui, suivant uneancienne instruction préliminaire, furent jouées la première fois sous l’archonteIsarque, dans la première année de la 89 e olympiade. La déesse de la lune s’yplaint de ce que les Athéniens ne comptaient pas exactement les jours des moisd’après ses phases , mais divaguoient en deçà et au-delà sans suivre aucune règle.Les Dieux lui faisoient des menaces toutes les fois que trompés sur les jours dessacrifices, ils étoient obligés de retourner chez eux, sans avoir rien reçu».
On peut dire que le cycle de dix-neuf ans devoit alors s’accorder trop bien avecle ciel, pour avoir pu causer et justifier ces plaintes, et que le poëte a pu n’in-diquer que l’octaëtéride sous son ancienne forme peu sûre ; mais il paroît bienclairement avoir eu dessein de frapper sur Méton, sans s’inquiéter de la véritéen cette occasion, comme dans son attaque contre Socrate. Dans ses Oiseaux,il introduit Méton dont il fait, comme dans ses Nuées, un personnage fantasquedont la tête n’est pleine que d’idées bizarres, enfin un lunatique. Que le cycle dedix-neuf ans s’accordât ou non avec la marche des phases lunaires, c’est ce dontil ne s’informoit nullement. Il savoit combien le calendrier vulgaire d’Athènesétoit encore vacillant depuis quelques années, et combien on avoit fait d’essaispour le faire accorder avec le ciel, il ne lui en falloit pas davantage pourtourner en ridicule la réforme que Meton y avoit introduite, et dont il n etoitpas en état, assurément,- d’apprécier les raisons.
Ce qui prouveroit évidemment l’introduction du cycle de Meton, dès la pre-mière année de la 87 e olympiade, ce seroit le transport du commencement del’année attique de Gamélion à Hécatombæon, s’il etoit bien démontré que cetransport se fit précisément alors même , ainsi que Dodwell et Corsini le croient.