DISCOURS PRÉLIMINAIRE. vij
Ce récit d’un auteur, chrétien à la vérité, mais qui semble donner quelque tort àS. Cyrille, au sujet du peu de soin de cet évêque d’empêcher les moines de Nitrie detroubler la tranquillité publique, prouve aussi son impartialité, en ce qu’il ajoute queS. Cyrille offrit la paix à Oreste, et que ce gouverneur la refusa opiniâtrément, cequi étoit un plus grand tort dans un administrateur public. Car l’évêque avoitabandonné les moines qu’il n’avoit pu Retenir, et qu’il n’avoit pas appelés, maisOreste ne renonça pas à ses projets de vengeance, et c’est ce qui perpétua la discordeet causa la mort d’Hypatia; mais pour qu’on ne m’accuse pas de vouloir justifier l’é-vêque aux dépens du gouverneur, je rapporterai les réflexions que fait à ce sujet lesavant Desmolets. Ses raisons sont si solides, elles sont appuyées sur des preuves siévidentes, surtout étant accompagnées des témoignages que j’y joindrai d’auteurs anciens,qu’on ne pourra point refuser de s’y rendre.
<( Théophanes de Byzance, auteur du sixième siècle, qui rapporte le même fait en a-brégé, dit que ce furent les magistrats chrétiens qui chassèrent les Juifs et en firentvendre les biens. On croit que l’empereur confirma leur expulsion, et il paroît assezpar Socrate même qu’ils ne furent pas rétablis : Cyrille agit en chrétien et en évêqueà l’égard d’Oreste. Il lui envoya d’abord des personnes de considération pour l’adouciret l’apaiser. Le voyant inflexible il va le trouver lui-même, il lui présente le livre desévangiles, et il écrit à l’empereur, à qui il se plaint non d’Oreste, mais des Juifs auteursde ces émeutes.
« Plûlostorge, historien ecclésiastique, contemporain d’Hypatia, parle aussi de lamort funeste de celte savante, mais loin de l’attribuer à S. Cyrille, il ne le nomme pasune seule fois. Il est vrai qu’il dit qu’elle fut déchirée en pièces par ceux qui soutiennentque le fils de Dieu est de même substance que son père. Cette accusation est fâ-cheuse, mais pourquoi la faire tomber sur S. Cyrille, lorsque tout parle en sa laveur?Nicéphore Calixte, autre écrivain ecclésiastique dans le quatorzième siècle, rapporte,dit-on, que le clergé de l’évêque Cyrille conduit par le lecteur Pierre, massacra Hy-patia à cause du crédit qu’elle avoit auprès d’Oreste; mais Nicéphore n’en a pu riensavoir que sur le rapport de l’historien Socrate, ce qu’il ajoute est pris de son imagi-nation. Quand Cyrille ne seroit pas connu par des actions de zèle et de vertu qui l’ont faitmettre par l’église au nombre des saints, ce qu’il avoit fait pour se réconcilier avecOreste, prouve assez qn’il étoit bien éloigné de méditer des desseins aussi inhumains.
« Les ennemis de l’évêque d’Alexandrie , disent que Damascius auteur de la vied’Isidore, et qui vivoit dans le sixième siècle, attribue ce meurtre à S. Cyrille. CeDamascius dit dans Suidas, que cet évêque voyant un jour en passant, plusieurs per-sonnes aller et venir, entrer et sortir d’une maison, demanda qui y demeuroit, etqu’ayant appris que c’étoit Hypatia à qui tant de monde alloit rendre des devoirs,piqué de jalousie, ilia fit assassiner; mais cela ne se lit point dans l’extrait de Da-mascius rapporté par Pliotius. Suidas d’ailleurs lait entendre qu’Hypatia fut .sacrifiée