DISCOURS DE M. BIOT.
vj
et en combinant avec un tact sûr, a l’aide des équations de condition de Mayer,des milliers de résultats pareils, donna le premier à ces tables la perfection pres-que idéale qu’elles ont aujourd’hui ; c’est, encore lui qui, par une autre applicationdes mêmes méthodes de calculs, porta tout de suite au dernier degré d’exactitudel’usage du cercle répétiteur de Borda, qu’il employa ensuite si habilement, etavec tant de fatigues pour la mesure de l’arc du méridien qui traverse la France;c’est lui enfin qui, dans un ouvrage historique trop peu apprécié d’abord, dans cetemps où on lit si peu , mais que l’expérience de son utilité a relevé bientôt à sajuste place, entreprit d’exposer toute la succession des découvertes astronomiquesdes différens siècles : ce que lui seul pouvait faire par l’immense variété de sesconnaissances littéraires ; et ce qu’il fit en outre avec une bonne foi, une sincérité ,un amour du vrai, qui ne connurent point de réserve; sans doute, dans cetteesquisse rapide et imprévue, j’oublie bien d’autres titres de M. Delambre à lareconnaissance de ses contemporains , et de la postérité qui commence en ce mo-ment pour lui ; mais quelque honorable que nous le présentent tant de tra-vaux et de services, il fut plus que tout cela encore : il fut, dans toute sa vie, etjusqu’à son dernier jour, un homme de bonne foi, un véritable savant, sans ambi-tion, sans intrigue ; aimant, chérissant la science qui l’avait illustré, et ne cher-chant point d’autre passion qu’elle ; toujours bon , accueillant ; toujours prêt 'avous entendre, et à discuter avec la plus parfaite impartialité, comme avec labienveillance la plus inaltérable, même les idées qui pouvaient sembler les pluscontraires à celles qu’il avait préférées. Il fut avec cela un ami constant, un excel-lent époux; et il trouva la récompense de ces vertus dans le tendre attachementque lui porta la personne distinguée à laquelle il était uni. Il fut donc heureuxautant qu’un homme peut l’être ; et si, en voyant approcher sa fin , il a pu éprou-ver quelques regrets de quitter tant de sentimens afî’ectueux et de travauximportans qui remplissaient sa vie, il a dû au moins éprouver cette consola-tion bien rare de sentir qu’il serait regretté profondément e.t unanimement, pavtous ceux qui l’avaient connu.