XXIX
PRÉFACE.
par les seules pratiques de la construction, sans aucune théorie des principes ma-thématiques de l’art; et c’est là, sans doute, ce que Ptolémée a voulu dire au com-mencement de son préambule, quand il a dit qu’il se trouvoit souvent beaucoupd’habileté dans bien des gens qui n’ont aucune teinture de théorie. Car véritable-ment , on se faisoit des habitations longtemps avant que d’avoir connu les règles del’architecture. Comme en tout la nécessité excite l’industrie, l’industrie a aussi créé lesarts, parcequ’on a choisi les meilleurs procédés, on les a perfectionnés, on en a fait desméthodes théorétiques que l’on enseigna ensuite avant la pratique, et c’est ainsi qu’ilest arrivé, dit Ptolémée, que la pratique est aujourd’hui précédée de la théorie. (*) Cettethéorie cependant n’est pas d’une nécessité absolue dans les arts manuels, car ne voyons-nous pas subsister encore en entier et dans toute leur solidité, ces ponts, ces temples, ceschâteaux du moyen âge, qui ont été élevés par des gens qui n’étoient rien moins quemathématiciens, au moins théoriquement ? 11 n’en est pas de même de l’astronomie.Elle ne peut aller bien loin sans le secours des mathématiques. On a bien commencépar regarder le ciel, on y a distingué les astres, on y a remarqué des retours pério-diques , mais sans la géométrie on en seroit resté là. Dans les arts mécaniques, la mainde l’ouvrier supplée au défaut de la théorie. Mais dans l’astronomie, on ne peut por-ter la main à rien de ce que l’on voit ; il faut que le calcul géométrique la remplace,et c’est par lui que l’astronome atteint jusqu’aux cieux. Ptolémée écrivant un traitéqui est une application perpétuelle de la géométrie et du calcul aux phénomènes cé-lestes, pour en déterminer les raisons et les causes, et parvenant heureusement pardes moyens empruntés des mathématiques, à en expliquer les lois et les effets, a vérita-blement fait la composition mathématique du monde, et il en a donné le nom à cetteconstruction géométrique. Son exemple a été suivi par ses successeurs. Si l’on a changéson plan, on a pourtant adopté sa manière ; et ses méthodes, quoique remplacées parde plus parfaites, ont été les modèles de celles qu’on leur a substituées. Ses tables demouvemens, sont la source de celles qu’on a dressées ensuite sur les mêmes fondemenset d’après des observations qui mieux faites ont donné des résultats plus justes (* 4 ).N’allez pas croire pourtant que celles des anciens ne sont d’aucune valeur, Cassinivous diroit « que les anciens avoient fait des observations, qui, quoiqu’imparfaites,ne laissent pas d’être très-précieuses, et fort utiles pour déterminer les mouvemensdes planètes, par la comparaison de ces observations avec celles que nous avons faitesavec beaucoup plus de précision. Celles que l’on fera dans la suite serviront de plus enplus à perfectionner l’astronomie, et l’on aura toujours beaucoup à y travailler».— «Il ya dans ces recherches, dit aussi l’auteur de VEssai sur l’Histoire des Mathématiques ,un progrès continuel de connoissances qui aux anciens ouvrages en fait succéder d’au-tres plus profonds et plus complets. On étudie les derniers , parcequ’ils représententl’état actuel de la science ; mais ils auront à leur tour la même destinée que ceux dontils ont pris la place. Il n’en est pas ainsi dans les arts qui dépendent de l’imagination.Le poète et l’orateur ont un autre avantage ; leurs noms répétés sans cesse par la (**)
(*) 'Voy. ci après , pag, j.
(**) Préface des flém. d’Astr .