Il
ESSAI
leva sur clés bases, déjà chancelantes sous le poidsdes factions, et au milieu des mouvements impé-tueux d’une nation, devenue libre, sans avoir ac-cpiis les moeurs et les habitudes régulières de la li-berté.
Chaque époque, digne de mémoire, enfantel’homme qui lui convient. Cet homme apparaît àtous les regards comme un géant; il frappe les ima-ginations, et se place sur les hauteurs de la société;à sa voix, tout marche, tout se précipite dans laliberté ou dans la servitude. Ecoutons Mirabeau,s’adressant en 1789, aux états de Provence :
« Dans tous les pays, dans tous les âges, les aris-« tocrates ont implacablement poursuivi les amis«du peuple; et si, par je ne sais quelle combinai-« son de la fortune, il s’en est élevé quelqu'un dans« leur sein, c’est celui-là surtout qu’ils ont frappé,« avides qu’ils étaient d’inspirer la terreur par le« choix de la victime'. Ainsi périt le dernier des« Gracques de la main des patriciens; mais, atteint« du coup mortel, il lança de la poussière vers le« ciel, et, de cette poussière, naquit Marius; Marius« moins grand pour avoir exterminé les (ambres« que pour avoir abattu dans Rome l’aristocratiea de la noblesse. »
A ces menaçantes paroles, la révolution recon-naît son orateur; elle l’adopte, lui prête ses forces,et lui donne l’empire de la tribune. Mirabeau com-prit l’étendue de sa mission, et y lut fidèle. La na-ture, aussi, l’avait moulé pour le tribunat; l’au-dace de son front, le sombre éclair de ses yeux,