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répand impétueusement hors des murs de la ville pour yrentrer après un court trajet. L’autre bras qui s’appelle, jecrois, l’oued Kant’ra ou la rivière du pont, est canalisé pen-dant qu’il traverse l’agrandissement du palais ; il se dirigeensuite vers la ville nouvelle qui lui ouvre passage sous unearche colossale.
» La rivière se subdivise plus loin en mille et mille ruis-seaux qui vont arroser les jardins, alimenter les fontainespubliques, les bains, les bassins des mosquées, les tanneries,faire tourner les moulins, norias, etc. Les deux bras del’oued Fez , grossis en route par de petits affluents qui tom-bent de toutes parts des collines voisines, viennent confondreen dessous de la ville leurs eaux noires et infectes, après unecourse vagabonde et rapide. Le torrent arrive enfin dans laplaine, et plus calme il court se jeter dans le Sebou.
» Pour avoir une idée plus exacte de Fez , il faut aller lecontempler du haut d’une colline et faire le tour de sonenceinte. Quand, de la citadelle qui le domine au nord, onplonge le regard au fond de la grande vallée dont il suit lapente, on est ravi par l’aspect de ce poétique panorama ainsivu à vol d’oiseau. La ville, bâtie sur le versant de plusieurscoteaux et descendant avec son torrent, montre à l’œil éblouil’entassement de ses maisons. L’amoncellement est si épaisqu’on ne peut distinguer la trace d’une rue. De ce fouillisconfus s’élèvent de nombreux minarets qui dressent dans l’es-pace leurs flèches surmontées d’une triple boule dorée. Latoiture verte et reluisante de la mosquée de Moulaï-Edriss sedétache de la blancheur des terrasses, et le Sebou promèneses eaux paisibles dans le lointain.
» Quand on fait le tour de la grande cité, on n’est pasmoins surpris par la beauté du paysage. En descendant dufort du nord, on s’enfonce dans des sentiers tortueux taillésà la longue dans le tuf du terrain. Le figuier, la vigne etl’olivier poussent là pêle-mêle, et me rappellent avec plaisirles champs de ma Provence . De nombreuses grottes creuséespar la main des hommes se montrent à chaque pas et serventde refuge à quelques Arabes qui dorment ou récitent leurs