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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,obligé de payer leur salaire à ceux qui l’ont fustigé : s’il n’apas d’argent, il doit subir un supplément de coups.
» Quand on quitte la place du Zoco, on rencontre successi-vement plusieurs enceintes carrées qui ont chacune leurdestination spéciale. Ici c’est le marché au charbon, là lemarché au blé, ailleurs le marché des viandes ; d’autresenceintes sont réservées à différentes industries : la poterie,la coutellerie, la menuiserie, l’orfèvrerie ont chacune leurlieu déterminé, où les artisans travaillent sous les yeux despassants. L’abattoir occupe aussi son carré ouvert à toutvenant : pour y entrer, il faut traverser des ruisseaux de sangoù se repaissent des milliers de mouches et des oiseaux deproie. On était en train d’égorger des bœufs. On avait soin,avant de leur enfoncer le couteau dans la gorge, de les tournerdu côté de la Mecque , comme pour en faire le sacrifice auprophète. Des nègres presque nus, armés de bâtons, battaientà grands tours de bras les bêtes abattues dans le but de faci-liter l’enlèvement du cuir. Aucune des prescriptions de l’hy-giène n’était observée dans ce lieu puant, inondé du sang desvictimes pantelantes, et exposé à tous les feux du soleild’Afrique .
» Le quartier des juifs, ou Mellah, est une des parties lesplus curieuses de Mogador ; mais il faut une certaine dose decourage pour s’y aventurer. C’est un immense fouillis deruelles étroites, obscures, puantes, où grouille dans l’ordureune population de plus de 7 000 juifs. Ce quartier, que la policeferme la nuit, est entièrement séparé du reste de la ville, etc’est peut-être pour cette raison que la propreté en est entiè-rement bannie. Les juifs du Maroc sont d’ailleurs les ennemis jnés de la propreté, et leurs personnes luttent de saleté avecleurs demeures. Les habitants du Mellah sont administrespar un chef de leur religion et par un gouverneur maure : lepremier dépend du second, et celui-ci est lui-même placé sous -l’autorité du caïd.
» Les rues du Mellah sont moins infectes encore que l’inté- ,rieur des habitations. Nous avons eu l’héroïsme de pénétrer •dans ces taudis, qui renferment chacun cinq ou six familles: ,