le patio qui s’ouvre au milieu de chaque habitation sert deréceptacle aux ordures de tous les ménages qui vivent dansla maison. Sur les escaliers crépis à la chaux qui mènent auxétages on rencontre des charognes, des détritus de toutessortes, des pourritures qui empoisonnent l’atmosphère, deschoses qui ne pourraient se nommer qu’en latin. Nous visi-tâmes tout cela en marchant sur la pointe des pieds et ennous bouchant le nez. Le Mellah de Mogador est sans doutel’endroit de l’univers où s’étale le nec plus ultra de la saleté ;il est peu probable que les villes chinoises, ces Babvlonesd’immondices, atteignent à ce suprême degré de dégoûtanteet repoussante dégradation. Les maisons de la ville juive sonttoutes semblables. Chacune possède une cour intérieure. Onmonte à l’étage par un escalier dont les marches sont siétroites, que le pied ne peut se poser qu’en travers. Les diffé-rentes pièces sont d’une égale simplicité : une lampe estsuspendue au plafond; le parquet est, comme les murs, crépià la chaux et couvert de na ttes de jonc ; une bible en carac-tères hébreux constitue toute la bibliothèque, et les genscouchent bravement sur les matelas déroulés par terre.Quand nous entrions dans ces affreux taudis, nous étionsimmédiatement entourés de tous les gens de la maison:hommes, femmes, enfants se disputaient la faveur de nousoffrir un grand verre de rhum mélangé d’eau : c’étaient descris sauvages, des sons gutturaux à nous rendre sourds. 11fallait distribuer de la monnaie à tout ce monde.
» Les gens qui habitent ces misérables demeures ne sontpas aussi pauvres qu’on pourrait le croire ; mais nulle partles juifs ne redoutent tant d’étaler leurs richesses, de peur(l’être dépouillés par le gouvernement. Ils cachent ce qu’ilspossèdent, et vivent dans un dénûment simulé 1 . La coquet-
L Cette situation est la même à Fez et dans toutes les villes du Maroc , sauf àTanger . Le Mellah ressemble à l’ancien Ghetto d'Italie . « Les Israélites ne peuvent» porter de souliers que dans le Mellah , et, en entrant dans la ville arabe, ils
* doivent aller pieds nus. Ils ne sont pas absolument forcés d’aller toujours pieds
* nus, mais comme ils doivent ôter leurs babouches, quand ils passent dans cor-
* taines rues, devant certaines mosquées, à côté de certaines Koubns, cela finit par
* revenir au même. Et ce u’est pas 1? seule vexation, ni la plus humiliante, à la-