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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,terie peut seule lutter avec leur avarice. Nous avons vu dansun de ces intérieurs d’une prodigieuse saleté, une jeunefiancée d’une ravissante beauté, couverte du plus riche cos-tume. Un voile de soie verte enveloppait sa magnifique che-velure noire ; une ceinture rouge brodée d’or lui serrait lataille; elle portait des boucles d’oreilles d’or et un collier deperles ; ses pieds nus et ses mains étaient tatoués d’un dessincompliqué fait avec le henné.
» Outre la Médina et le Mellah , Mogador possède un troi-sième quartier appelé la Kasbah. C’est là que se trouvaitnotre auberge; c’est là que résident les marchands européenset les consuls. Les rues de ce quartier sont larges et bienaérées; les maisons sont hautes et offrent un aspect moitié
tîiu'Ujjéen.
» Les Européens sont plus nombreux à Mogador que danstoute autre ville du Maroc , et beaucoup y font rapidementfortune. Mogador , en effet, fait un commerce important avec
» quelle ils soient soumis. Us ne sont pas admis à témoigner en justice, et doivent» se prosterner jusqu’à terre en parlant devant les tribunaux ; ils n’ont pas le droit» de posséder de terrain en dehors de leur quartier, ni d’aller à cheval par la ville;» ils ne peuvent lever la main sur un musulman, même pour se défendre, excepté» dans le cas où ils seraient assaillis dans leur propre demeure. Ils doivent se vêtir» de couleurs obscures et porter leurs morts en courant. Pour se marier, il leur faut» l’autorisation du sultan. Ils doivent rentrer clans le Mellah au coucher du soleil,» payer le gardien arabe qui veille à la porte de leur quartier, offrir au sultan» riches présents aux quatre grandes fêtes do l’islamisme et a l’occasion de chaque» naissance, do chaque mariage dans la famillo impériale.. Ils n’en restent pas» moins dans le pays parce qu’ils s’enrichissent en servant d’intermédiaires pour» le commerce d’Afrique , et parce que le gouvernement, comprenant de quelle» importance est leur présence pour la prospérité de l’Etat, oppose une barrière» presque infranchissable à l’émigration en interdisant a toute femme juive de» sortir du Maroc . Ils servent, ils tremblent, ils rampent dans la poussière; mais» ils ne donneraient pas, pour acquérir la dignité d’homme et la liberté de citoyen,» les monceaux d’or qu’ils tiennent cachés dans les murailles de leurs sordides de-» meures. A Fez , ils sont huit millo environ. » (Edm. de Amicis, le Maroc , Tofdu Monde, 2 5 scm. 1879, p. 118.) On peut comparer à ces descriptions du quartierclos Juifs à Mogador et à Fez celle que donne du ghetto juif de Tîemcen l’ahbeBarges : « Imaginez-vous des files de maisons basses et obscures dans lesquelle 5» on descend d’abord comme dans une cave, puis un escalier de plusieurs» marches, des murs lézardés en plusieurs endroits et tombant en ruines, tapisf 5» extérieurement de bouses de vache, et percés de deux ou trois trous en guise» de fenêtres; ajoutez à ce tableau des enfants sales et plus qu’a moitié nus se» chamaillant dans les cours des maisons ou dans les coins des rues, ou faisan» aboyer les chiens. Suivez-nous, si vous le pouvez, dans ce dédale de rues #
» d’impasses où l’on ne rencontre ni boutiques, ni hommes, ni bêtes; travers#
» avec nous ces longs passages couverts où pour marcher il faut oter son chapeau» et se courber presque jusqu’à terre, si l’on ne veut pas se rompre la tète conW» les solives et les poutres des maisons superposées, etc., etc. » ( Tlemcen , p-