68 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,
thé, des bonbons, des fruits, et le repas se prolonge jusqu’àminuit. Le jour suivant, l’épouse vêtue de blanc, avec uneécharpe rouge, serré autour du visage et qui lui cache labouche avec le capuchon tiré sur les yeux, accompagnée deses parents et amis, va dans les douars voisins, recueillirencore une fois de l’argent.
w Quand un homme meurt, on recommence les danses. Leparent le plus proche rappelle les vertus du défunt, et lesautres, rassemblés autour de lui, dansent avec des gestes etdes attitudes de douleur, se couvrent de boue, s’égratignentle visage, s’arrachent les cheveux ; puis on lave le cadavre,on l’enroule dans une toile neuve, on le porte sur une civièreau cimetière, et on l’ensevelit, appuyé sur le côté droit, le vi-sage tourné vers l’orient.
a Tels sont leurs usages et coutumes les plus visibles;mais les coutumes intimes, qui les connaît? Qui peut suivretous les fils dont s’ourdit la trame d’une existence dans unde ces douars? qui peut savoir quelles passions bouillonnententre ces murailles de toile? qui peut retracer l’origine deleurs superstitions fabuleuses ? qui peut éclairer ce bizarremélange de traditions confuses, moitié païennes et moitiéchrétiennes? les croix tatouées sur la peau, la vague croyanceaux satyres dont on trouve les vestiges fourchus sous la terre,la poupée portée en triomphe à la première pousse du blé, lenom de Marie invoqué en faveur des accouchées, les dansescirculaires qui rappellent les rites des adorateurs du soleil?
» Une seule chose, chez eux, est certaine et évidente : lamisère. Us vivent des maigres produits d’une terre mal cul-tivée, accablés d’impôts lourds et changeants, recouvrés par lecheik (ou chef du douar) élu par eux et directement subor-donné au gouverneur de la province. Ils remettent au gou-vernement, en argent ou en nature, la dixième partie de larécolte, et un franc en moyenne pour chaque bête. Ils payentcent francs par an pour chaque espace de terrain correspon-dant au travail de deux bœufs. Ils font, pour les principalesfêtes de l’année, un cadeau obligatoire au sultan, cadeau quiéquivaut à peu près à un impôt de cinq francs par tente. Ils