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L' Afrique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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ALGÉRIE . 109

jusqu'en 1830. Le sultan suzerain était représenté d'abord par un pacha;mais ce personnage fut le jouet de la milice, qui tantôt le chassait et tantôtlégorgeait. Le vrai souverain était l'agka, chef des troupes et de rassem-blée du divan tous les miliciens étaient admis. Lagha, dabord élu pourdeux mois, puis plus tard à vie, prit dans la suite le nom de dey (oncle,patron). La Porte finit par le désigner comme pacha. Il était assisté dequatre ministres : le Khasnadji, ou ministre des finances, Y Agita, de laguerre, VOukil-el-hardj , de la marine, le Klwdja, de l'administration. Lamilice élisait le dey : de le tumulte des élections, et l'instabilité du pou-voir. La plupart des deys mouraient de mort violente. Quant au territoire,il était divisé en trois districts ou beyliks, ceux de Constantine , de Titteri,et de l'Ouest. Tous les privilèges étaient réservés à la milice, composéedaventuriers de toute provenance, mais tous fanatiques musulmans. Elleavait pour auxiliaires certaines tribus qui, moyennant lexemption del'impôt, faisaient la police de l'intérieur. Les autres payaient, et si lescontributions, livrées à lincurie ou aux voleries des percepteurs, ne suffi-saient pas à l'entretien du dey et à la solde de la milice, on demandait lesurplus aux confiscations, aux amendes, aux tributs forcés, à la piraterie.La piraterie fut élevée par les deys, autant par nécessité que par goût, à lahauteur dune institution. Les vaisseaux capturés sélevaient chaque annéeà plusieurs centaines, les prises à des millions. « Les expéditions étaient» de véritables entreprises commerciales, auxquelles sintéressaient les» riches particuliers, souvent le dey lui-même. Tout était réglé avec la» plus grande précision. Au retour, un secrétaire des prises, assisté de» chaouchs, de changeurs, de mesureurs, de crieurs, faisait débarquer et» vendre les marchandises et les esclaves ; ensuite il procédait à la répar-» lition; un droit fixe était prélevé par lEtat, le reste, lès frais déduits,» partagé par moitié entre larmateur et léquipage. Personne à bord ne» touchait de solde, on naviguait à la part. » Un des principaux produitsde la piraterie était la vente des esclaves; on pratiquait en grand à Alger la traite des blancs, les uns destinés aux galères, les autres à la pèche,les autres à la culture.

« Il reste aujourdhui peu de chose de lAlger des deys, cependant les ruelles» étroites de ia haute ville peuvent encore en donner une idée. Cétaient» les mêmes maisons basses, muettes, penchées les unes vers les autres,» laissant à peine filtrer un rayon de lumière. Dans cet espace étroit» grouillait toute une multitude : 100000 habitants au temps de Haëdo 1 ,» 200000 daprès un résident français du dix-septième siècle, Turcs,» Coulourlis, Arabes, Maures, Juifs, "Kabyles, Biskris, renégats et captifs» venus des quatre coins de lEurope , assemblage confus des races les plus» diverses et des types les plus opposés. Larabe, le provençal, litalien ,» lespagnol , le français , toutes les langues et tous les idiomes se heurtaient» dans cette Babel. Quand un navire entrait dans la darse, arborant fière-» ment le pavillon vert semé détoiles, tout se ruait vers la marine, cétait,» le moment dacheter, de vendre, de spéculer. Parfois si lon avait capturé» quelque barque espagnole chargée de vin, les pauvres diables desclaves

1. Fray Diego de Haëdo, historien espagnol , vivait à la fin du seizième et dansles premières années du dix-septième siècle. Chapelain do l'archevêque de Pa-ïenne, il avait avec les captifs chrétiens délivrés de lesclavage des rapports fré-quents. On suppose quil visita lui-même les Etats berberesques; son livre sur laTopographie et lhistoire générale dAlger , a paru à Yallndolid, en 1612.