jusqu'en 1830. Le sultan suzerain était représenté d'abord par un pacha;mais ce personnage fut le jouet de la milice, qui tantôt le chassait et tantôtl’égorgeait. Le vrai souverain était l'agka, chef des troupes et de rassem-blée du divan où tous les miliciens étaient admis. L’agha, d’abord élu pourdeux mois, puis plus tard à vie, prit dans la suite le nom de dey (oncle,patron). La Porte finit par le désigner comme pacha. Il était assisté dequatre ministres : le Khasnadji, ou ministre des finances, Y Agita, de laguerre, VOukil-el-hardj , de la marine, le Klwdja, de l'administration. Lamilice élisait le dey : de là le tumulte des élections, et l'instabilité du pou-voir. La plupart des deys mouraient de mort violente. Quant au territoire,il était divisé en trois districts ou beyliks, ceux de Constantine , de Titteri,et de l'Ouest. Tous les privilèges étaient réservés à la milice, composéed’aventuriers de toute provenance, mais tous fanatiques musulmans. Elleavait pour auxiliaires certaines tribus qui, moyennant l’exemption del'impôt, faisaient la police de l'intérieur. Les autres payaient, et si lescontributions, livrées à l’incurie ou aux voleries des percepteurs, ne suffi-saient pas à l'entretien du dey et à la solde de la milice, on demandait lesurplus aux confiscations, aux amendes, aux tributs forcés, à la piraterie.La piraterie fut élevée par les deys, autant par nécessité que par goût, à lahauteur d’une institution. Les vaisseaux capturés s’élevaient chaque annéeà plusieurs centaines, les prises à des millions. « Les expéditions étaient» de véritables entreprises commerciales, auxquelles s’intéressaient les» riches particuliers, souvent le dey lui-même. Tout était réglé avec la» plus grande précision. Au retour, un secrétaire des prises, assisté de» chaouchs, de changeurs, de mesureurs, de crieurs, faisait débarquer et» vendre les marchandises et les esclaves ; ensuite il procédait à la répar-» lition; un droit fixe était prélevé par l’Etat, le reste, lès frais déduits,» partagé par moitié entre l’armateur et l’équipage. Personne à bord ne» touchait de solde, on naviguait à la part. » Un des principaux produitsde la piraterie était la vente des esclaves; on pratiquait en grand à Alger la traite des blancs, les uns destinés aux galères, les autres à la pèche,les autres à la culture.
« Il reste aujourd’hui peu de chose de l’Alger des deys, cependant les ruelles» étroites de ia haute ville peuvent encore en donner une idée. C’étaient» les mêmes maisons basses, muettes, penchées les unes vers les autres,» laissant à peine filtrer un rayon de lumière. — Dans cet espace étroit» grouillait toute une multitude : 100000 habitants au temps de Haëdo 1 ,» 200000 d’après un résident français du dix-septième siècle, Turcs,» Coulourlis, Arabes, Maures, Juifs, "Kabyles, Biskris, renégats et captifs» venus des quatre coins de l’Europe , assemblage confus des races les plus» diverses et des types les plus opposés. L’arabe, le provençal, l’italien ,» l’espagnol , le français , toutes les langues et tous les idiomes se heurtaient» dans cette Babel. Quand un navire entrait dans la darse, arborant fière-» ment le pavillon vert semé d’étoiles, tout se ruait vers la marine, c’était,» le moment d’acheter, de vendre, de spéculer. Parfois si l’on avait capturé» quelque barque espagnole chargée de vin, les pauvres diables d’esclaves
1. Fray Diego de Haëdo, historien espagnol , vivait à la fin du seizième et dansles premières années du dix-septième siècle. Chapelain do l'archevêque de Pa-ïenne, il avait avec les captifs chrétiens délivrés de l’esclavage des rapports fré-quents. On suppose qu’il visita lui-même les Etats berberesques; son livre sur laTopographie et l’histoire générale d’Alger , a paru à Yallndolid, en 1612.