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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
ravides, fondée par un Berbère, Youssef-ben-Taschefin; sa capitale futMaroc . Les Almoravides , -vaincus à leur tour par Àbd-el-Moumen , fontplace aux Almoliades (1150-1273). L’empire des Almoliades se divisa aprèsla mort de Mouinen; les uns, les Beni-Merin Zenata, s'établirent à Fez , lesautres, les Beni-Zian, à Tlemcen qui devint alors par ses palais, ses cara-vansérails, ses parcs et ses jardins délicieux, ses écoles et ses mosquées,son commerce étendu et florissant, et sa population de plus de100 000 habitants, la première cité du Maghreb 1 ; les autres enfin, lesHafsides , à Tunis . Cette dernière ville, résidence du sultan salué du titrede commandeur des croyants, emir-al-moimenim, fut le centre religieux del’islam , la cité sainte, l’asile de la religion et de la science musulmanes.
L’Afrique sous les Turcs. — Ce démembrement favorisa l'anarchieet prépara l’invasion turque. Dans les montagnes de l’intérieur les Berbèresnomades continuaient leurs dévastations ; dans les villes de la cote, lesMaures réfugiés, après leur expulsion d’E3pagne, se îemluient indépendantset organisaient contre les chrétiens le brigandage maritime. Les Espagnols s'emparèrent vainement de Melillah (1497), de Mers-el-Kébir (lo05),d'Oran (1509), de Bougie (1510) ; vainement iis obtinrent la soumission deMostaganem , Tenez, Alger et Tunis . Alors parurent les deux Barberousse,Arotny, et Khaïr-Eddin . originaires de Sicile ou de Lesbos , animés contreles chrétiens d'une haine implacable. Ils rallièrent autour d’eux tous lesaventuriers du Tell, tous les pirates de la côte, et s’ils ne purent enleverle fort espagnol du Tenon d’Argü (rocher d’Alger ) 2 , ils occupèrentDjidjelli (1514), Cherchell et Alger (1510) et en firent des refuges, desmagasins de ravitaillement, des repaires pour cacher leurs prisonniers etleur butin. Ils remplacèrent par des'étrangers, et notamment par des Turcs,les Arabes dans leurs emplois, organisèrent une milice d’orientaux musul mans , qui choisit librement ses officiers et leur confia tous les postes. Telfut le noyau du gouvernement de VOdjak, oligarchie militaire et religieusefondée sur la haine et pour la destruction des chrétiens. Khaïr-Eddin ,aussi habile que cruel, fit hommage de ses Etats au sultan de Constan tinople , Sélim I er . Son frère ayant péri dans un combat contre les Espa gnols , il le vengea en battant Hugues de Moncade devant Alger , et en rasantle fameux fort du Penon. Avec les matériaux fut construite en partie la jetéequi rattache encore les îlots ( ai-djezair ) à la Terre-Ferme, et qui ferme leport d’Alger au nord-ouest. Pour récompenser son vassal, Soliman l’appelaà Constantinople et lui donna avec le titre de cat>itan-pacha, le comman-dement de sa marine. Khaïr-Eddin . au nom du sultan, détrôna en 1534, leroi de Tunis , Mouley-Hassan , et prit sa capitale. 11 mourut en 1547.L’agha Hassan l’avait remplacé à Alger , et continué ses succès contreCharies-Quint.
Organisation de l’Odjak. — C’est dans le même temps que s’a-cheva l’organisation de l’Odjulc, qui est restée en vigueur à Alger
1. V. Tlemcen , par l’abbé Barges.
2. Alger est bâti sur l’emplacement de l’ancienne ville d’Icosium. Cette villeparait avoir été de fondation romaine. Vespasien lui accorda le droit latin; lesVandales la démolirent. Ello fut reconstruite au dixième siècle par un chef ber-bère, et prit le nom de Djezaïr-beni'Mezghannà. Al-Djezaïr , les iles, a formé lenom moderne, Alger . Ces îles réunies plus-tard au continent par une jetée,s’étendaient en face de la ville. Malgré ses monuments anciens, ses bazars, samosquée, et l’excellence de ses sources que vantent les historiens arabes, elle nedevint vraiment célèbre qu’à partir du seizième siècle. — La construction duPènon par les Espagnols fut peut-être l’origine de sa brillante fortune.