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surpris do la résistance, comprirent qu’ils avaient eu le tort detrop vite escompter la victoire, et renvoyèrent demander des se-cours aux tribus voisines. Leur appel fut entendu, et l’attaquerecommença au point du jour. Le capitaine Lelièvre n’en futpas ébranlé. Comme plus de la moitié des cartouches avait étéconsommée dès la première journée, il recommanda, afin deménager le reste de ses munitions, de ne plus se servir que dela baïonnette pour renverser les assaillants.. Plusieurs fois lodrapeau tricolore eut sa hampe brisée, mais il fut toujours relevéavec enthousiasme. La nuit sépara de nouveau les combattants.Les Français profitèrent du répit que leur laissaient leurs fana- ,tiques adversaires pour réparer les brèches du fortin.
» Le lendemain 5, la lutte continua sans plus de succès pourles Arabes. Le surlendemain 6, toutes leurs forces étant réunies,deux mille d’entre eux s’élancèrent ensemble à l’assaut. Ils arri-vèrent jusqu’à l’enceinte, et allaient y planter leur étendardquant ils furent repoussés en désordre par une décharge générale. ■A trois reprises différentes de nouvelles colonnes se ruèrent de laplaine à la colline; les uns dressent de longues poutres contreles murailles, les autres se hissent sur les retranchements avecdes perches armées de crocs. Les Français les font tomber àcoups de sabres et de baïonnettes, puis, quand les murs sontnettoyés, la mitraille fait de larges trouées parmi les assail-lants,
» Depuis quatre jours durait cette lutte inouïe. « On se battitquatre jours et quatre nuits, » dit un Arabe qui rendit comptedéco beau fait d’armes. C’étaient quatre grands jours, car ils necommençaient ni ne finissaient au son du tambour. C’étaientdes jours noirs, car la fumée de la poudre obscurcissait les rayonsdu soleil, et les nuits étaient des nuits de feu éclairées par lesllamnïes du bivouac et celles des amorces. Quand arriva le soirdu quatrième jour, les Arabes découragés cessèrent de combattre.L’infanterie quitte les maisons, les cavaliers ramassent les mortsqu’ils enterrent dans les silos, et le 7 au matin, tous les Arabes disparaissent.
» Le chef de bataillon du Barrail, qui commandait à Mosta-ganem, avait eu la pensée d’envoyer des renforts à Mazagran,mais la faiblesse de la garnison ne le lui avait pas permis. Aumoins essaya-t-il de dégager ses compagnons d’armes en opérantchaque jour une diversion. Les Arabes se divisaient en effet, etse précipitaient sur lui dès qu’il paraissait dans la plaine. Du