130 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
II!. Période des insurrections. — La reddition d'Abd-el-Kaiierassura la domination de la France en Algérie . Restait à soumettre la Ka-bylie retranchée dans ses montagnes escarpées, et les oasis sahariennes queprotégeait le désert. La période qui suit est celle des insurrections alluméeset dirigées par des marabouts ou des chefs de bande. L’amour de l'indé-pendance, le fanatisme religieux, les violences commises armèrent contrenous les tribus ; mais les divisions des indigènes et l’héroïsme de nosarmées donnèrent à la lin la victoire à la France . Dès 1844, un khalifa,allié de la France , Ahmed-ben-Salem, avait été installé à Laghouat . Le ducd’Aumale s’était avancé .jusqu’à Biskra ; l’oasis du Ziban ou du Zab, quis’étend à la limite du désert, au pied de l’Aurès , fut soumise, et l'Aurès entamé. La malheureuse campagne de 1846 dans le Hodna fut réparéel'année suivante par le général Cavaignac , qui dans le sud oranais, franchitles chotts, occupa les deux Moghar, Tiout, Sfissifa, et refoula les Sahariensjusqu’aux montagnes de Ksel, tandis que le général Renault pénétrait àFl-Biod, capitale des Oulad Sidi Cheikh.
L.es insurrections sahariennes : Eou-Zian. — La révolutionde 1848 en France , les injustices commises dans la levée de l'impôt de lalezma ou des palmiers, fournirent à un ancien cheikh d’Abd-el-Kader , riche,ambitieux, populaire, l’occasion qu’il cherchait.
Bou-Zitm prêcha dans les oasis du Sahara la guerre sainte. Un officierdu bureau arabe de Biskra , le capitaine Seroka, se rendit à Zaatcha et fitarrêter Bou-Zian. Les indigènes prirent les armes, délivrèrent le prisonnieret l’insurrection gagna tout le sud. Le colonel Carbuccia fut battu, le généralïïerbillon avec quatre mille hommes attaqua Zaatcha. La ville, enceinte debastions et de murs crénelés, était bâtie au milieu d’une forêt de palmiers;ses jardins entourés de murs et de fossés enchevêtrés rendaient les assautsdifficiles. Bou-Zian fit égorger ou mutiler tous les prisonniers, et une guerred'extermination commença. Herbillon ordonna de couper les palmiers del'oasis, mais ne réussit pas à forcer les retranchements. Le colonel Canro bert lui amena des renforts, et Zaatcha fut bloquée. Le siège dura dix jours;le choléra décimait nos colonnes. Enfin le 26 novembre, la ville fut prise,maison par maison. Nos soldats ne firent pas de quartier; personne ne futépargné, pas même les femmes. Bou-Zian pris fut immédiatement fusillé;un zouave trancha la tète du cadavre et la jeta aux pieds de Canrobert . Laville fut détruite de fond en comble. Cette épouvantable exécution, quisouilla la victoire de la France , terrorisa pour un temps les tribus voisines,mais oe les désarma pas.
Un marabout, jadis allié de la France , Mohammed-ben-Abdallah, de re-tour delà Mecque , secrètement encouragé parla Turquie , souleva plusieurstribus. Maitre d’Ouargla , il réussit à s’emparer de Laghouat . YousoufelPélissier vinrent y mettre le siège, et l’oasis fut, comme celle de Zaatcha, leIhéâtrc d’horribles combats. On peut lire dans le récit du peintre Fromentinqui visita les ruines quelques semaines plus tard, les détails de ces mas-sacres. Mohammed put s’échapper dans l'extrême sud; le chef des Oulad-
donna à la France des témoignages non équivoques de sa sympathie. C’est ainsiqu’il écrivait en 1882 à M. de Lesseps au sujet du projet de mer intérieure ducommandant Roudaire. Abd-el-Kader a succombé a une maladie de cœur, àDamas, en 1S83. En notifiant sa mort à M. Grévy , président de la République,le 26 mai, son fils aine, Mohammed , affirmait « son attachement bien dévoué augouvernement français . » La pension allouée à l’émir depuis 18C3 continue d’êtrepayée à sa famille.