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Sidi-Cheikb, Si-llamza, allié de la France , le poursuivit et lui enlevaOuargla (1882). Huit ans après, Mohammed , réfugié à Insalah, et toujoursentouré de fanatiques et d’aventuriers, tenta sur Ouargla un audacieux coupde main : la ville ouvrit ses portes. Mais Si liou-Becker, fils de Si Hamza,accourut; les Touareg d'Insalah abandonnèrent leur chef, et ses Chambàafurent vaincus : il fit sa soumission. Ouargla fut rendue à la France qui l’aconservée (18601. Touareg et Chambâa n'en continuèrent pas moins leursincursions vers le nord. En 1872, le général de Lacroix les poursuivit dansl’extrême sud, et le général de Gallifet avec sept cents hommes, montés surdes dromadaires, vint en sept jours occuper El-Goleah, à 75 lieues d’Ouargla ,à 1100 kilomètres d’Alger . Cette fois les habitants ne résistèrent pas, et levainqueur se contenta d’un tribut qui fut immédiatement payé. Cette marcherapide et hardie compte parmi les plus heureuses et les plus fécondesexpéditions de la France dans le Sahara . Grâce à la vigilance du général,elle ne coûta pas un homme à l’armée. La forteresse d’Èl-Goleah bâtie surun cône haut de 70 mètres, au point de rencontre des caravanes, est au-jourd’hui la sentinelle la plus avancée de la France dans le désert ; ellemarque la première étape.de la conquête pacifique du Sahara et du Soudan .
Les insurrections kabyles. — En Kabylie , la résistance fut pluscontinue et plus acharnée. Si les Kabyles, libres dans leurs montagnes,passionnément attachés à leurs coutumes, et impatients de toute dominationétrangère, avaient accueilli froidement les avances d’Abd-el-Kader , au tempsde sa puissance, ils n’étaient, pas restés neutres. Ils ne dissimulaient pasleur sympathie pour nos ennemis, ils leur donnaient asile, leur vendaientde la poudre et des armes, recelaient le butin fait sur nous et inondaientnos marchés de fausse monnaie fabriquée dans leur village d’Aït-el-Arba.En 1844, Rugeaud, qui cherchait partout de nouveaux champs de bataille,prit contre eux l'offensive. Il les somma, dans un manifeste hautain, de sesoumettre à la France , sinon il les menaçait d’entrer dans leurs montagnes,de brûler leurs villages et leurs moissons. Les Kabyles répondirent fièrement :« Nous ne donnerons rien, nous ne recevrons aucune investiture; nous ne» l’avons jamais fait. En notre qualité de Kabyles, nous ne reconnaissons» pour chefs que des Kabyles comme nous, et pour arbitre souverain que» Dieu qui punit l’injuste. » Bngeaud marcha sur Dellys et s’en empara.Les paysans kabyles, mal armés et peu disciplinés, furent battus à Taourgaet sur le plateau de l’Ouarez-Eddin. La tribu des Plissas fut presque exter-minée. Les tribus demandèrent grâce. L’année suivante, quelques actes debrigandages partiels rallumèrent les hostilités. Bngeaud envahit la Kabylie sur plusieurs points. La guerre fut atroce. Les Kabyles égorgeaient nostraînards et massacraient nos sentinelles; les Français incendiaient lesmoissons, les maisons, coupaient les arbres, tuaient les enfants et lesfemmes 1 ! Une troisième campagne fut entreprise en 1847. Bugeaud battit
1. On a cité dans cetto campagne certains faits de sauvagerie heureusementexceptionnels : tels que l’emploi de chiens européens drossés à faire la chasse auxindigènes, ou à la mutilation de femmes kabyles à qui on volait les cercles d’ar-gent qu’elles portaient rivés aux bras et aux jambes. A son retour à Algor, en fé-vrier 1816, le gouverneur général, loin de regretter ces exécutions militaires et cesprocédés à la turque, disait aux colons dans une proclamation : « Nous avons» beaucoup incendié, beaucoup détruit. Peut-être on me traitera de barbare, mais» je me place au-dessus des reproches de la presse quand j’ai la conviction d'avoir» accompli une œuvre utile à mon pays. L’armée n’esl pas faite pour protéger» tes intérêts des colons, mais pour marcher à la conquête de l’Algérie et s’illus-» trer par des victoires. »