mais n’arrêta pas le mal dans les forêts concédées aux particuliersou laissées en toute propriété aux tribus. Si le colon défrichaitau profit des cultures, l’indigène le plus souvent arrachait etdétruisait dans le seul but de vendre les produits ; les défensesadministratives étaient ouvertement violées.
Un des plus redoutables ennemis des forêts algériennes est l’in-cendie. Au pied des grands arbres où les myrtes, les lentisques,les bruyères, le phyllaria, les semis résineux forment d’épaissesfutaies, le feu trouve un aliment tout préparé. Ces broussailles,desséchées par un soleil ardent, s’enflamment à la moindreétincelle, et des espaces immenses sont brûlés avant qu’on ait putenter un effort contre le fléau dévastateur. En 1860,10 000 hec-tares de forêts, en 1863, 4 000, en 1867, 160000, en 1873,41 000, en 1878, 60 000, en 1879, 21 000, pour ne citer queles désastres les plus récents, ont été incendiés. Les accidents,les imprudences, la malveillance sont les causes sans cesse re-naissantes de ces désastres. Les indigènes mettent le feu auxarbres pour préparer à leurs troupeaux de chèvres et de moutonsdes pâturages plus riches et plus abondants.
Un autre ennemi est le droit d’usage et de pacage des indi-gènes dans les forêts de l’Etat. « Les produits qui sont accordés» aux indigènes pour leur consommation domestique deviennent» un objet de commerce. Les bois de charrue, les perches, les» madriers, les écorces, destinés aux tribus, sont par elles vendus» sur les marchés. Les Arabes prennent plus que leur compte,» et coupent à tort et à travers sans attendre la délivrance régu-
» Hère. Les troupeaux foulent et dévorent les semis. Les
» chèvres vont les chercher dans les rochers les plus abruptes ;» elles se dressent et détruisent les bourgeons et les jeunes» pousses jusqu’à une hauteur que ne peuvent atteindre les» moutons. Parfois le berger coupe les branches hautes des» arbres pour en donner les feuilles à ses troupeaux. La forêt va» s’éclaircissant jusqu’à la fin. A la broussaille succède le pâtis.» Quand le mouton et la chèvre ont dévoré les dernières tiges» d’herbe, ils grattent la terre du pied pour découvrir les racines.» Leur piétinement incessant divise la terre, et quand la der-» nière végétation a disparu, c’est le sol lui-même qui est en-» traîné, à chaque orage, dans la ruine de la forêt*. » (De Metz-Noblat, Les forêts de l’Algérie .)
1. « Le fer et le feu ne sont rien en comparaison du mouton, dit M. Broilllard,