» Le maliari supporte mieux que le djemel la faim et lasoif. Si l’herbe est abondante, il passera l’hiver et le printempssans boire ; en automne, il ne boira que deux fois par mois ;en été, il peut, même en voyage, ne boire que tous les cinqjours. Dans une course do razzia, jamais on ne lui donned’orge; un peu d’herbe fraîche au bivouac et les buissonsqu’il aura broutés en route, c’est là tout ce qu’il faut à sachair ; mais au retour à la tente, on le rafraîchira souventavec du lait de chamelle dans lequel on aura broyé des dattes.
» Si le djemel est pris de frayeur ou s’il est blessé, sesbeuglements plaintifs ou saccadés fatiguent incessammentl’oreille de son maître. Le mahari, plus patient et pluscourageux, ne trahit jamais sa douleur, et ne dénonce point
à l’ennemi le lieu de l’embuscade.Le mahari est au djemel
ce que le djiend (noble) est au kheddim (serviteur).
» On dit dans le Tell que les mahara font en un jour dixfois la marche d’une caravane (100 lieues) ; mais les meilleurset les mieux dressés, du soleil à la nuit, ne vont pas au-delàde 33 à 40 lieues ; s’ils allaient à cent, pas un de ceux quiles montent ne pourrait résister à la fatigue de deuxcourses, bien que le cavalier des mahari se soutienne pardeux ceintures très serrées, l’une autour des reins et duventre, l’autre sous les aisselles. Dans le Sahara algérien ,après les montagnes des Ouled-sidi-Cheikh, les chevaux sontrares, les chameaux porteurs innombrables, et les mahara deplus en plus nombreux jusqu’au Djebel-IIoggar.
».Lejeune mahari a sa place dans la tente ; les enfants
jouent avec lui, il est de la famille ; l’habitude et la recon-naissance l’attachent à ses maîtres, qu’il devine cire ses amis.
>' scs petites oreilles dressées comme des houppes de poils, son nez camard, ses» longues babines qu’il semble vouloir pincer avec malice, ses grandes dents, son» dandinement perpétuel, le chameau a l’air d’une bêtise si prodigieuse qu’on ne» s’y accoutume point; scs gros yeux sont toujours en proie à l’ahurissement: à» chaque instant, il dresse la tête comme pour demander de quoi il s’agit. Et il a» l'humeur quinteuse et grognonne des imbéciles prétentieux. Q uan d l’ordonnanco» qui veillait sur notre convoi allait en avant pour faire ranger les caravanes,» nous entendions les chameaux crier avec colère, parce qu’on les dérangeait. Ce« cri rappelle le son qu’on obtient lorsqu’on soufflo avec vigueur dans un tuyau de» terre cuite. J’en demande pardon aux cent quatre-vingt mille chameaux do» l’Algérie , mais ils m’ont paru des animaux peu aimables. » (A travers VAfrique,