4G8 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
mouraient presque do faim au cœur de la région la plus opulente del’Afrique centrale 1 .
Enlin le 'voyageur arriva au camp du Mbanq ou chef suprême fugitif,dans le pays dé Somray. Mohammedou, satisfait des présents du chrétien,poudre, fusils, étoffes, unis de Gouro, flatté surtout par ses discours élogieux,lui promit sa protection, lui fit l'honneur de se montrer revêtu de son bur-nous blanc « piqué des vers, » et lui donna le spectacle d’une revue mili-taire. Mohammedou s'occupait alors à dépêcher partout des émissaires pouramener les localités rebelles à se soumettre sans combat, et parfois, entredeux négociations infructueuses, il dirigeait contre les villages ennemis desattaques sanglantes, suivies de razzias et d'incendies. Le docteur Nachtigalfut souvent, malgré lui, le témoin oculaire, navré et impuissant de ceshideuses scènes de carnage ; en voici quelques épisodes extraits de sesrécits.
Scènes de guerre civile ; un siège aérien.
« Près de Broto se trouvait une localité dont les habitantss’étaient réfugiés sur des cotonniers 2 , et qui refusaient deprêter l’oreille aux belles paroles des Baghirmiens. Le jourmême de mon arrivée, le roi m’avait fait appeler pour medemander ce qu’il convenait de faire contre ces émigrés enl’air. J’avoue que d’abord je ne m’expliquais pas cette im-puissance à l’égard de gens qui étaient simplement montéssur des arbres; mais je ne tardai pas à avoir le mot del’énigme. La bourgade en question, qui s’appelait Kimré,était à une demi-journée au sud-est. Une expédition décisivefut entreprise contre cette population réfractaire. Aprèsquatre heures de marche environ, nous atteignîmes la forêtde Kimré. Des colonnes de fumée s’en élevaient çà et là, enmanière de signaux d’alarme. Les huttes du village essai-
1. Le docteur Barth avait déjà visité le Baghirmi , séjourné à Logone et àMasena, exploré le fleuve Chari, et vanté la luxuriante végétation de toute cettecontrée dévastée par la traite, épuisée par le caprice de ses tyrans et les horreursde la guerre civile. (V. son récit, au tome III, chap. n et m.)
2. « Le cotonnier, arbre d’une ampleur grandiose, s’élance généralement droit,» et pousse de puissants rameaux presque horizontaux, dont le feuillage s’har-» mouise bien avec son bois. Il doit son nom à son fruit fusiforme, long d'un» pied, dont la coque jaunâtre et rugueuse s’ouvre à l’époque de la maturité» comme le fruit du gossampin, et laisse voir un contenu blanc, duveté, luisant,» à la façon de la soie et à brin- court. Cette matière cotonneuse sert, dans les» états d’Haoussa, au Bornou , au Baghirmi , dans l’Ouadaï et le Darfour , à rem-n bourrer coussins et matelas; elle fournit aussi une ouate excellente pour les» cottes de guerre, que l’on pique à la façon de nos courtes-pointes. » (Texte del'auteur.)