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maient au loin, sous le couvert protecteur d’une futaie ma-gnifique, qui faisait de cette contrée une des plus belles quej’eusse jamais vues. Les maisons, la plupart coquettes, avecdes fenils exhaussés sur un soubassement de terre, étaientdepuis longtemps désertées, et le feu en avait détruit ungrand nombre. Leurs propriétaires vivaient, je l’ai dit, juchéssur des cotonniers, lesquels, par leur taille et leur bran-chage, ressemblaient à de vraies citadelles. Ce n’était qu’à' la hauteur de 4 ou 5 mètres que le tronc massif de cesarbres projetait ses premiers rameaux; ceux-ci étaient encoretrop près du sol pour servir de refuge ; mais à l’étage immé-diatement supérieur, c’est-à-dire à quelques mètres plushaut, c’était différent : là, sur deux branches géantes presquehorizontales, et reliées à l’aide de traverses, on pouvait éta-blir de solides entrelacs de paille, installer sur cette baseune petite cabane, ou bien en faire un lieu de refuge pour leschèvres ou les chiens, et dans ce cas, placer plus haut, contrele tronc, en manière de hune, une forte plate-forme en clayon-nage, capable de recevoir un ou plusieurs hommes.
» Dans la petite hutte se trouvaient tous les ustensiles def ménage nécessaires, le grand mortier à piler le grain et lacruche de terre à contenir l’eau ; sur la hune on resserraitles armes. Parfois même, à l’étage encore supérieur, étaitimprovisé un logis semblable, de sorte que plusieurs familleshabitaient le môme arbre, chacune ayant avec elle ses petitsobjets mobiliers et même son menu bétail, si celui-ci n’étaitpas trop nombreux. La nuit, quand ils croyaient n’avoir rienà craindre, ces gens descendaient de leurs perchoirs, à l’aided’échelles de cordes, pour aller s’approvisionner d’eau etchercher du grain à la masse cachée par eux, soit en terre,soit dans des fourrés presque inaccessibles. Du haut de leurrefuge, ils lançaient d’abord, le cas échéant, sur l’ennemiqui se présentait au-dessous d’eux, leurs flèches de roseauhabituelles, engins assez inoffensifs, aiguisés à un bout,comme nos plumes à écrire, et alourdis à l’autre par unemasse d’argile fuselée; ce n’était que lorsque l’adversaires’offrait d’une manière sûre à leurs coups qu’ils avaient rc-