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L' Afrique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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SOUDAN .

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de singuliers personnages. A la fois parasites de cour, bouffons,musiciens, poètes, ils jouissent dun grand crédit auprès descliefs de villages ou de royaumes, qui les caressent, les adu-lent, les enrichissent et les méprisent. Ils vivent des cadeauxquils reçoivent, des contributions quils prélèvent sur lhumainevanité. Moyennant rémunération, ils se chargent de faire votreéloge, de publier votre gloire dans tout le Soudan . Ils ont leurtarif, et, en vendant leurs hyperboles, ils ne font jamais derabais; il faut y mettre le prix. Si vous donnez beaucoup, vousêtes un grand homme et vos aïeux furent au moins des rois; sivous donnez peu, vous nètes quun homme ordinaire; si vousne donnez rien, vous êtes un drôle et peut-être avez-vous tuévotre père. Ils gagnent beaucoup à ce métier, qui nest pas abso-lument inconnu en Europe ; mais ils nv gagnent pas la considé-ration, et, après leur mort, onasoin de les en terrer à part. Toute-fois, dans certaines circonstances, leur rôle grandit, ces parasitesse transforment en troubadours, leur musique souffle dans lescœurs une folie de colère et despérance. Durant toute la nuitqui précède un combat, ils racontent avec emphase les exploitsdes ancêtres, en saccompagnant de leur bruyant tam-tam, et,quand le jour parait, ils entonnent des chants de guerre quiapprennent à mépriser la mort. Ceux de Daba navaient pasperdu leurs peines, ils avaient su chauffer leur monde. Danstous les temps, la jactance fut un vice africain. Les Bambarascroyaient déjà tenir la victoire. Debout sur leurs murailles, ilsinvectivaient nos soldats, leur prédisaient une fuite honteuse.

» Le colonel avait pris position sur un terrain découvert àlest du village et rangé sa petite troupe en bataille à 280 mètresdu tata. Lartillerie reçut lordre de désorganiser la défense encouvrant Daba de projectiles. Avant quelle commençât le feu,on entendait les chants aigus et perçants des griots, qui sépou-monnaient comme des coqs. A la première détonation, leur voixtrembla et ils baissèrent la note; après la seconde, il se fit ungrand silence. Les Bambaras étaient émus, mais ils ne faiblis-saient pas. Les ouvertures que pratiquaient nos artilleurs dansleurs murailles leur servaient de meurtrières ; chaque fois quunobus avait fait son trou, on y voyait paraître un visage noir etle canon dun fusil. Nos quatre petites pièces de montagne con-centrèrent leur tir, et bientôt une brèche de 9 à 10 mètres futouverte dans le tata. A dix heures un quart, on forma la colonnedassaut. En ce moment solennel et critique, le colonel avisa sur