496 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
l’essor normand ; les Portugais et les Hollandais occupèrent les comptoirsabandonnés, et continuèrent le trafic avec succès. Les Français .reparurent àla fin du seizième siècle. En 1582, une Compagnie rouennaise fonda un éta-blissement dans un ilôt, à l'embouchure du Sénégal . Avec Richelieu (1626),cette Compagnie reçut une consécration officielle; sous la protection del’escadre du maréchal de Ilasilly, la ville de Saint-Louis du Sénégal , futfondée; le premier directeur “de la Compagnie fut Thomas Lombart.De 1633 à 1635, trois Compagnies privilégiées, une dieppoise et rouennaise ,une malouine, une parisienne, s’organisèrent pour le commerce : 1° ducap Vert , du Sénégal et de la Gambie ; 2° de la Guinée , entre Sierra-Leone et le cap Lopez; 3° des côtes entre le cap Blanc et Sierra-Leone . Le car-dinal, désireux d’assurer à la France la prépondérance maritime, leur accordades chartes privilégiées, les plaça sous son patronage, s’y fit admettrecomme associe 1 . En 1664, l’association des marchands de Dieppe et de Rouen céda ses établissements, moyennant 150 000 livres tournois, à la Compagniedes Indes-Occidentales. Elle se ruina (1612), et fut remplacée par uneautre, qui disparut à son tour. Jusqu’en 1158, on n’en compte pas moinsde sept : « lamentables énumérations de fautes et d'imprudences, de fail-lites et de banqueroutes. »
L’administration d’André Brüe . — C'est dans cet intervallepourtant que se place l’administration du plus habile directeur que lacolonie ait eu avant le général Faidherbe, nous voulons dire André Brue .Avant lui, de 1626 à 1694, quatorze directeurs avaient passé au Sénégal , etquatre Compagnies s’y étaient succédé, luttant contre les Hollandais quioccupèrent un instant les postes fortifiés d’Arguin et de Gorée , et contreles Anglais établis sur la Gambie . La Compagnie française avait, mêmerencontré sur la côte un ennemi tout à fait inattendu. Le pavillon desHohenzollern flottait, à la fin du dix-septième siècle, sur les mers et lesrivages africains . Frédéric Guillaume , le Grand-Electeur, qui possédait àpeine quelques lieues de côtes désertes sur les bords de la Baltique , essayaitde créer une flotte, nommait des capitaines de vaisseau, et établissait unecompagnie d’Afrique . Il achetait des navires, des matelots, des officiers, pro-fitait des querelles des Etats de Frise avec la duchesse Christine-Charlotte pour occuper Emden (16S3) et faisait de ce port de la mer du Nord lesiège de la Compagnie brandebourgeoise. En Afrique , son principal établis-sement était le port de Frédériksbourg, sur la côte d’Or , mais on vit flotterle drapeau prussien sur la station fortifiée d'Arguin, et les Français saisirent en 1685, non loin du cap Blanc, le lnUiment le Aforian, qui luiappartenait.
Le 4 juin 1697, Brüe nommé directeur général de la Compagnie, abordaità l’ile de Saint-Louis. « Rien, écrit M. Berlioux (p. 43), n'était plus misé-
1. AI. Jules Duval compare au régime de compression imaginé par Colbert, lerégime de liberté bien entendue et féconde sous lequel Richelieu laissait vivre lescolonies nouvellement fondées. Parmi les principales faveurs octroyées dans leschartes de concession, le cardinal avait inscrit le privilège de la navigation; lemonopole perpétuel ou temporel du commerce; la participation de la noblesse sansdérogation; Vanoblissement de certains associés; le concours pécuniaire de lacour; la protection royale; le droit de maîtrise en France à tout ouvrier gui au-rait séjourné pendant sir ans dans les colonies; la franchise d’impôts dans lesports et villes des compagnies; l’entrée sans frais en France des produits naturelset manufacturés des colonies; l’admission des étrangers; la naturalisation des des-cendants des colons français et des sauvages convertis au christianisme, etc.