SÉNÉGAMBIE. 497
» rable que ce poste. L’ile, de nature sablonneuse, manquait d’eau potable» et n'avait d'autre verdure qu’un bouquet de palétuviers. Le fort consistait» en quatre tours construites autrefois par les Normands et reliées entre» elles par une muraille; une enceinte en bois, quatre bastions et trente» canons en complétaient les défenses. Tout autour, quelques lipttes ser-» valent d’habitation aux serviteurs et aux employés de la Compagnie; mais» on n’y voyait rienqui ressemblât à une ville, ni même à un village. » L'ileétait sans ressources, et renfermait cent ou deux cents habitants. "La Com-pagnie ne possédait ni territoire, ni villages, ni sujets; autour de Saint-Louis ,les" royaumes indigènes de Oualo, Cayor et Djolof se faisaient payer des rede-vances ou coutumes, et fournissaient à la Compagnie des marchandises, desserviteurs, des soldats et des matelots (les laplots ) pour la navigation duSénégal . Les chefs nègres étaient donc souverains, et les Français locatairesde leurs établissements. Les coutumes de la vallée du Sénégal n’ont étésupprimées qu'en 1833.
André Hriie entra sans larder en relations avec les princes indigènes,recevant leurs visites, ou allant les trouver chez eux, leur distribuant desprésents, ranimant partout le commerce éteint, et notant dans son journal«le voyage les coutumes, les mœurs et l’état social des tribus, la faune etla flore des régions qu’il traversait. Dès l’année 1697, il pénétrait dansl’empire des Fouis, gardiens de la vallée du Sénégal , et y préparait unaccès au commerce français . Le P. Labat raconte 1 qu’il eut“à Guiorel et àGoumel des entrevues amicales avec le siratik ou empereur des Fouis, sonlils et ses officiers. Briie gagna les bonnes grâces du siratik en lui offrant ensus des coutumes, à titre dè présents personnels, des épées montées en argent,une paire de pistolets, des lunettes et des verres ardents. Le siratik luiprésenta les princesses royales, et lui offrit d’en faire son gendre. Brües’excusa, et se contenta de signer un traité de commerce et iJ’amilié, quiaccordait à la Compagnie l’autorisation d’établir des comptoirs et des fortsdans toute l’étendue des domaines du siratik. C’est alors que le comalingueou premier officier lui apprit que les Maures approvisionnaient les Fouis, etleur fournissaient le coton, les maroquins, là quincaillerie, en échangede l’or et de l’ivoire. Il résolut d’enlever aux Maures ce riche marché,et de le donner à la Compagnie française. Malheureusement, comme leremarque M. Ilerlioux, les marchands introduisirent, en même temps dansle pays les liqueurs alcooliques; et les gros bénéfices de cette vente, toujoursassurée, effacèrent à leurs yeux l’immoralité d’un pareil commerce.
Nous ne pouvons que résumer l’œuvre considérable accomplie ou pré-parée par cet administrateur de premier ordre, le vrai fondateur de lacolonie française du Sénégal , et le précurseur des grands projets qui sontactuellement en cours d’exécution. En 1697, Brüe arma et approvisionna lesdeux forts de Gorée , et prépara la soumission du Cayor. Les indigènesde cette côte étaient vicieux, méchants et paresseux, et gouvernés pard’odieux tyrans. L’un d’eux, le damel ou roi de Cayor et de Ltaol, Lalir-fal-Soukabé, d'abord ami de Brüe, se montrait d’une insupportable exigence.« Tantôt, dit M. Ilerlioux, il rampait comme un esclave, tantôt il s'empor-
1. Labat, Nouvelle relation de l’Afrique occidentale, t. III, p. 211. — Le PèreLabat est un dominicain, grand amateur de géographie, qui vivait au temps deBrüe, et qui a composé son ouvrage avec les notes et mémoires de Brüe lui-mème,et les journaux et rapports d’autres voyageurs que la Compagnie des Indes occi-dentales avait dû lui communiquer. (V. Berlioux, p. S.)