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SÉNÉGAMBIE.
» tûmes européens. Plus de doute. Ce sont les libérateurs.» C’étaient eux en effet, et Faidherbe à leur tête. Le général, à» la première nouvelle de l’investissement, avait donné ordre au» vapeur le Guet-Ndar, de porter à Médine des renforts et des» munitions; mais les eaux du fleuve étaient.basses, et le navire» ne pouvait avancer. Faidherbe réunit alors doux à trois cents» hommes, quitte Saint-Louis sur le Basilic, rallie, en passant,» le Guet-Ndar et court à Médine. Par bonheur, les eaux avaient» monté, et les paquebots passèrent. C’était un acte singulière-» ment hardi que de se heurter ainsi avec une poignée d’hommesn contre toute une armée, que les calculs les plus modérés por-» taient au moins à vingt-cinq mille hommes. En aval de» Médine, face à face, sur les deux rives du fleuve, se dressent» deux gigantesques rochers, les Kippes, qui semblent comme» une écluse, dans l’ouverture béante dfe laquelle le fleuve se» précipite avec rapidité. El-Hadj avait fait occuper ces roches» par un corps nombreux, dont les feux plongeants arrêteraient» tout navire en marche. Tenter de forcer ces deux redoutes» naturelles était bien dangereux. Faidherbe imagina de débar-» quel' tout son monde sur la rive droite et d’attaquer le Kippe» de cette rive. Les El-IIadjistes, qui ne s’attendaient pas à» cette attaque audacieuse, s’enfuirent en désordre. Aussitôt» le général installe un obusier, dont les coups bien dirigés» vont frapper le Kippe de la rive gauche et en chassent l’en-» nemi.
» Au même moment, le Basilic forçait le passage, et à la vue« de nos soldats, IToll et Sambala ordonnaient une sortie géné-» raie. «-De la poudre ! De la poudre ! réclame le chef nègre.» — Il y a longtemps que je n’en ai plus, réplique le commandant» de Médine. •—-Et ce magasin qui en était plein ? — Qu’aurais-tu» fait si je t’avais avoué ma pénurie? — Les blancs sont habiles ;» tu as bien fait. Je te remercie. » Quelques instants après, les» assiégeants, pris entre les baïonnettes des assiégés et les balles» de l’armée libératrice, se débandaient dans toutes les direc-» fions, et Faidherbe, pénétrant dans le fort, s’assurait par lui-» même de ce qu’il avait fallu d’énergie aux défenseurs de la» place pour résister quatre-vingt-quinze jours, du 19 avril au» 18 juillet, à un ennemi si déterminé. Le prestige d’El-Hadj» était à tout jamais détruit. Celui de la France , au contraire,» ne cessa pas de grandir. Ce siège et cette résistance héroïque» avaient fondé la puissance de la France dans ces lointains