712 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
Londres . Les souffrances qu’il avait endurées n’avaient pas plus altéré sapatience et sa bonté, que les ovations de ses compatriotes n ébranlèrent samodestie. « Quelle que soit la valeur des découvertes que j’ai faites jus-» qu’ici, disait-il au retour, celle que je considère comme la plus précieuse» est d’avoir constaté le grand nombre d'excellentes gens qn’il y a sur la» terre. »
11 ne séjourna en Angleterre que le temps d’organiser une expéditionpour continuer et compléter son œuvre scientifique et humanitaire : installer ,de nouvelles missions sur le Zambèze , supprimer la traite, substituer le ;commerce et le travail libres à l’esclavage et à la guerre, vérifier l’existence 1
du lac des Maravis mentionné sur les vieilles cartes portugaises, tel était f
son programme. Il emmena avec lui son frère Charles, les docteurs Kirk etThornton; il emportait dans ses bagages un petit navire à vapeur démonté,le Ma-Robert 1 . Les voyageurs remontèrent une des branches du Zambèze ,le Congone, entre des rives bordées d’impénétrables fourrés de mangliers,de palmiers, de goyaviers et de fougères, puis le Zambèze lui-mème enamont de Mazaro, où les indigènes, serfs portugais , passionnés pour lecommerce, les poursuivaient sur les rives, criant à tue-tète : « Malonia!Malonda! Objets à vendre! » A Tété, ils durent abandonner le Ma-Robert,qui faisait eau de toutes parts, et visitèrent par terre les magnifiques cas- |cades de Kebrabasa, où le Zambèze , large de 1000 mètres en amont, seresserre dans un canal sinueux de 40 mètres, et se précipite en tourbil- i
lonnant à travers des gorges surplombées de roches noirâtres hautes de j
plus de 900 mètres.
L’expédition redescendit le fleuve jusqu'au confluent de la Chiré, qui I
tombe dans le Zambèze sur la rive gauche, à 160 kilom. de la mer des 1
Indes. On remonta cette rivière resserrée d’abord entre deux hautes chaînes Jde montagnes abruptes et boisées (à gauche, la Morambala, 1200 m.). A }
cent milles au nord, le Ma-Robert fut arrêté par de superbes cataractes qui l
furent baptisées du nom de Murchison. Livingstone se rendit à pied au lac 1
Ckiroua, et découvrit, le 13 avril 1859, cette belle nappe d’eau environnée ,
de montagnes de 2 500 mètres, aux eaux profondes semées d’ilots, peuplées • Ide crocodiles et d’hippopotames, aux rives verdoyantes, ombragées de [roseaux et de papyrus. Sur les bords de la Chiré, en aval du village deChibisa, il reconnut le Grand marais des Eléphants, qui nourrit des troupeauxénormes de ces pachydermes, sans parler d'une quantité prodigieuse d’oi-seaux aquatiques de toutes les espèces.
« De charmants tisserins jaunes et rouges voltigent comme }
» des papillons parmi les grandes herbes; un joli héron, qui j
» est d’une teinte jaune au repos et d’un blanc pur au vol, ,
» prend son essor, rase l’herbe verte et va se percher sur le dos
» d’un éléphant ou d’un buffle; des légions de canards méditent '
1. C’est ainsi que les Makololos désignaient la femme du docteur Livingstone,la mère de Robert. Ce petit bateau fait do plaques d’acier, ne rendit presqueaucun service à l’expédition ; il avait été mal construit, était lourd et lent, etconsommait d’effrayantes quantités de bois. Aussi ne tarda-t-on pas à changerson nom de Ma-Robert en celui Asthmatique.