une reconnaissance minutieuse du Tanganyka, en fit le tour, arriva à labouche du Loukouga, et ne parvint pas à se rendre nettement compte de savéritable direction : ses deux expériences furent contradictoires ; dans l'unele disque en bois qu’il avait placé sur la rivière fut poussé vers le lac;dan? l'autre, vers la rivière. Il supposa que lesalluvions avaient exhausséle lit du Loukouga et obstrué son embouchure, mais que le niveau du Tan-ganvka s'élevant balaierait l’obstacle des boues, et rendrait au Loukouga saprimitive destination.
L’énergique reporter fuyant l’Oujiji, où sévissait une furieuse épidémiede petite verole, commença alors la troisième partie de son voyage, duTanganyka à Kabinda. « L’insolente petite barge qui avait fouillé tous les» plis du Victoria, franchi les plaines et les ravins de l’Ounyoro, vu le» golfe de Beatrix, fait sa trouée dans les papyrus de l’Alexandra, filé» gaiement sur les petits lacs bruns du Karagoué, passé les rivières à cro-» codiles de l’Ouvinza et flotté sur les eaux bleues du Tanganyka » allaitmaintenant descendre le mystérieux Congo . En s’éloignant de Nyangoué,à l'extrémité du territoire du Manyéma, Stanley abordait une région entiè-rement inconnue. Le Loualaba changeant de nom à chacun de ses affluents,il l’appela désormais le Livingstone. La Lady-Alice et les autres piroguesdescendirent le fleuve au milieu de populations hostiles, armées de tiédiesempoisonnées : les villages des Vouenya et des Oukoussou étaient ornés decrânes humains. De tous s’élevait le cri de guerre; Stanley essaya denégocier, on lui répondit par une grêle de traits ou des attaques nocturnes.11 fallut s’ouvrir un passage à coups de carabine, et verser le sang sur lesbords du fleuve; il fallut aussi, pour tourner les six cataractes qui barrentle fleuve sur la ligne de l'équateur, tailler dans la forêt vierge un chemin de24 kilomètres de longueur et trainer les embarcations jusqu'à l’eau navi-gable. Au delà, le fleuve coule à travers des montagnes boisées, des forêtssplendides ou des falaises abruptes, et reçoit à droite une rivière énormede 1800 mètres de large, l’Arouhouimi.
« A peine y sommes-nous entrés que nous voyons un grand» nombre de canots autour des îles qui entaillent la rivière.» Nous nous dirigeons en toute bâte vers la rive droite : une» flottille de canots, qui par leurs dimensions dépassent tout" ce que nous avions rencontré jusque-là, arrive sur nous. Je» puis mettre immédiatement mes bateaux en ligne, deux par» deux, chaque couple à neuf mètres des autres, et j’ordonne de» jeter l’ancre. Le nombre des canots ennemis est de cinquante-» quatre, l’un d’eux a sur chaque bord quarante rameurs qui pa-» gayent debout, ausond’un chant barbare; c’est lui qui conduit la» flotte. A l’avant, est une plate-forme qui porte dix jeunes guer-« riers, coiffés des plumes cramoisies du perroquet à queue rouge;» huit hommes, placés à l’arrière, gouvernent l’embarcation avec» de longues pagaies. Entre les deux groupes, dix personnages,» qui paraissaient être des chefs, exécutent une danse guerrière.» Toutes les pagaies sont surmontées de boules d’ivoires ; tous