734 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
» les bras ont des anneaux, également en ivoire, que chaque» mouvement fait briller ; toutes les tètes sont couronnées de» plumes. Le bruit écrasant des tambours, celui de cent trompes» d’ivoire, léchant de deux mille voix sauvages ne sont pas faits» pour calmer nos nerfs ; mais nous n’avons pas le temps d’v» penser. Le grand canot se précipite vers nous, les autres le» suivent, font jaillir l’écume autour d’eux. « Enfants, tenez» ferme ; attendez le premier coup, et après cela visez juste. »» Le canot monstre fond vers la Lady Alice, qu’il semble vouloir» couler ; puis arrivé A moins de vingt-cinq brasses, il se dé-» tourne et lui envoie une bordée de lances. Tous les bruits sont» couverts parla fusillade. Qu’arrive-t-dl ? Nous sommes trop» absorbés par le grand canot pour le savoir ; mais au bout de» cinq minutes, nous voyons l’ennemi reformer ses lignes à cent» brasses en amont. Notre sang bouillonne. Nous levons nos» ancres, et nous les poursuivons. A un détour de la rivière,» nous voyons leur village. Ils ont abordé, nous gagnons la» berge, nous nous battons dans les rues, nous en chassons l’en-» nemi ; et ce n’est qu’après l’avoir jeté dans les bois qu’on» sonne la retraite. » (Stanley, A travers le continent mystérieux ,Tour du monde 2° sem., 1878.)
L'expédition évita autant qu’elle put tout contact avec les indigènes, ense glissant parmi les îles; mais les vivres s’épuisaient, et il fallait gagnerla terre sous peine de mourir de faim. Des engagements du même genre,plus ou moins acharnés, se renouvelèrent fréquemment dans les semainessuivantes, avec les Bangala et les Ouranglii; Stanley ne livra pas moins detrente-deux combats; dans l’un les indigènes avaient soixante-trois bateauxen ligne. Entre l’Arouhouimi et le village de Tchoumbiri, le Livingstone aun cours libre et majestueux. Son lit est rempli d’iles boisées; sa largeurest très variable; tantôt elle est restreinte à 3700 mètres (vingt-deux foisla largeur de la Seine sous le pont de la Concorde), tantôt elle dépasse18 001) mètres (plus de la moitié du Pas-de-Calais ). Au confluent du Nkou-tou, dans le territoire des Batéké, le Livingstone rencontre les montagnesparallèles à la côte, le massif de la Sierra Complida ; il les franchit à tra-vers trente-deux cataractes. Ce fut la partie la plus émouvante du voyage.Le3 juin 1877, au passage des rapides de Massassa, Stanley eut la douleurde voir son ami Francis Pocock, le dernier survivant de ses compagnonsblancs, entraîné parle courant, se noyer dans le fleuve; lui-mème, avecl’équipage d’un bateau, manqua d’ètre englouti dans les cataractes de Moua,et n’échappa que par miracle aux tourbillons de Mbélo, où il fut précipitéavec la Lady Alice. Quinze de ses nègres, douze bateaux de sa flottille, unecargaison d’ivoire valant plus de 100 000 francs furent perdus dans les cata-ractes du fleuve. Arrive à Issanghila, à quelques journées d'Emboina,Stanley quitta le Livingstone, et abandonnant sur les rochers des rapides laLndy qui venait de faire un voyage de 11000 kilomètres, il gagna par terre