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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
livrer sans raison des combats aux indigènes, gaspiller l’argent de laCompagnie; il donna lui-mème l’exemple des dilapidations, des violenceset de l’immoralité. Les Malgaches, qui étaient hospitaliers et doux, et quiavaient accueilli les blancs avec une sorte do vénération superstitieuse,apprirent à les haïr et à les mépriser 1 . Les Européens en vinrent à tournerleurs fureurs les uns contre les autres. Dans une sédition, I'ronis fut misaux l'ers par les révoltés pendant six mois. Délivré, il fit saisir les douzeplus mutins, et les déporta à la grande Mascareigne , plus tard île Bourbon ,dont ils devinrent ainsi les premiers colons.
Le 4 décembre 1048, Etienne de Flacourt , un des directeurs de laCompagnie, arriva au Fort-Dauphin , en remplacement de Pronis, avec letitre de commandant général de Pile de Madagascar . Energique et éclairé,prudent et sage, Flacourt ramena l’ordre dans la colonie ; il rappela lesexilés, amnistia les coupables, apaisa les mécontents, explora plusieursprovinces, occupa Pile ■ Mascareigne qu’il appela Bourbon, mais n’em-ploya pas la douceur et la mansuétude pour ramener les habitants : à leursattaques, il répondit par des razzias, des incendies et des supplices. Cesystème de terreur réussit un certain temps; en 1652, trois cents villagesse soumirent, jurèrent obéissance au roi de France , et s’engagèrent à payertribut; le commandant leur promit en échange protection, aide et assis-tance, avec la libre possession et disposition de leurs biens. Mais les effortsde Flacourt ne furent pas secondés; la métropole était en pleine Fronde,et les intrigues des princes, les remontrances du Parlement détournaientdes pays lointains l'attention de Mazarin et de la Régente. Les colons deMadagascar furent sept ans sans nouvelles de la France . Flacourt se suffità lui-mème, et ranima le courage de ses compagnons. En 1655, il putrentrer en France pour y chercher des secours; on le nomma directeurgénéral de la Société de l'Orient; il repartit pour la grande île, mais senoya pendant la traversée 2 .
1. On trouvera dans l’ouvrage de M. d’Escamps, qui les emprunte au chroni-queur Dubois et à Flacourt, plusieurs témoignages de la cruauté, des iniquitéset des débauches de ces singuliers représentants de la civilisation. Nous en cite-rons quelques-uns : Pronis, à peine débarqué, fait assassiner ltahoulou, chefMalgache , qui accusait le commandant français de lui avoir volé ses bœufs, cequi était vrai. — Le même Pronis, en échange d’un don de mille bœufs, aidait unetribu à en massacrer une autre. — Un jour qu’il s’était engagé à livrer un convoid’esclaves 4 un traitant hollandais, celui-ci le pressant de fournir au plus tôt lamarchandise qu’il avait vendue avant de la posséder, Pronis fit ramasser dansles environs, par un détachement, soixante-treize individus libres, et les livraau négrier. — Pronis eut, il en coûte de l’avouer, des successeurs dignes de lui.Delaforest-Desnoyers, commandant deux vaisseaux pour le duc de la Meilleraie,remonte en chaloupe une des rivières de la côte et somme les indigènes de luidonner du cristal de roche. Les Malgaches, alors occupés à récolter leur riz, leprient d’attendre la fin de la cueillette, sans quoi, le riz s’égrènera, et larécolte sera perdue. Delaforest furieux descend de son embarcation, poursuitles habitants, saisit, enchaîne, massacre les chefs et leurs femmes. La vengeanced’ailleurs ne se fit pas attendre: le capitaine français , attiré dans une embuscadeavec cinq de ses hommes, y fut égorgé à son tour. M. d’Escamps cite d’autresépisodes. (Voir pages 56 et 57.)
2. Le très curieux et très véridique récit des voyages et observations deFlacourt fut publié à Paris en 1658. Le tableau est si fidèle qu’il est encore res-semblant do nos jours, et les récentes explorations do M. Alfred Grandidier n’ontfait que le compléter en beaucoup de points. Flacourt dépeint la nature del’ile, ses ressources, plantes, cultures, forêts, animaux, rivières, montagnes,