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Après le départ de Flacourt, Pronis reprit le commandement de lacolonie, dont le maréchal de la Meilleraie venait d’obtenir la concessionpour dix ans. Ce fut une ère nouvelle de misères et de désordres ; le Fort- Dauphin brûla ; Pronis mourut, ses lieutenants multiplièrent les razzias etles scènes de carnage. Les milices, cernées par les indigènes, manquantde vivres, allaient périr sans l’intervention d’un Français , La Case, quiavait épousé la fille du chef de la vallée d’Amboule, et qui vint fort àpropos délivrer ses compatriotes et rétablir la paix. La situation s’aggravaencore par le zèle excessif d’un missionnaire, le Père Etienne, qui pourconvertir au christianisme le chef de la région du Mandréré, le dernierpartisan des Français parmi les Malgaches, lui adressa des sommations etdes menaces, et paya son audace de la vie. Le commandant Champmar-gou usa de représailles, et la lamentable histoire de ce premier établis-sement colonial ne cessa qu’en 1664, lorsque la Société de l’Orient fut dis-soute.
Deuxième établissement des Français (1664-1672). — Colbert venait de fonder la Compagnie des Indes-Orientales avec un capital de13 millions, auquel le roi, les reines, le dauphin, les princes, les cours dejustice, les officiers de finances, les villes, les corporations des marchandsavaient apporté leurs souscriptions, les uns de bonne grâce, les autres parobéissance * 1 . L’édit de concession de File de Madagascar à la Compagnienouvelle, prescrivit de lui donner le nom d’Ile Dauphine; c’est là que laCompagnie devait avoir son siège principal. Le sceau royal, confié augouverneur général, M. de Beausse, désignait File sous le nom de France orientale. En 1669, à de Beausse succéda le comte de Mondevergue,dont tous les efforts de conciliation furent vains. La Compagnie royaledirigea mal ses opérations, choisit mal ses postes et ses agents; les désordreset les dilapidations recommencèrent : aventuriers sans pudeur on gentils-hommes ruinés pour la plupart, les administrateurs se partagèrent lesmillions du roi. Mondevergue, dégoûté, rentra en France ; bientôt, calomniépar son successeur, il fut emprisonné au château de Saumur et y mourutde chagrin. Ce successeur, de la Haye, préoccupé surtout de questionsd’étiquette, échoua; après lui, Champmargou, puis de la Bretesche,cherchèrent à sauver les débris de la colonie. En 1672, pendant la nuitde Noël, les Français, assaillis à l’improviste dans l’église par les Malgaches,furent presque tous massacrés. C’en était fait du second établissement
habitants avec une honnête naïveté, tels qu’il les a vus, sans étonnement, nienthousiasme, et comme le remarque M. Blanchard, « animé par le désir de» donner tous les renseignements capables d’éclairer ceux qui voudront tra-» vailler pour l’avenir de la colonie. » Etant en relations continuelles avec lesAntanosses, Flacourt a particulièrement étudié les mœurs, les coutumes et lecaraclèrc de ce peuple.
1. La souscription fut en général assez froidement accueillie, malgré les lettresofficielles et les recommandations pressantes du ministre, malgré le bon exempledonné par le roi qui y figurait pour 3 millions à lui seul. Quand le chancelierSéguier invita, au nom du roi, la Chambre de justice à souscrire, quelques con-seillers s’étant permis des observations, il les regarda de travers ; et l’un d’euxn’ayant signé que pour 1000 livres, Colbert s’en moqua, et l’obligea à mettre3000 livres. Pour échauffer le zèlo du public, le ministre chargea un habileacadémicien du temps, Charpentier , d’exposer l'affaire dans une brochure, d%nfaire voir les précieux avantages, et d’expliquer les mécomptes des précédentesentreprises.