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L' Afrique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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MADAGASCAR .

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Desfossés et le capitaine anglais Kelly, après avoir épuisé de nouveautoutes les tentatives de conciliation, ouvrirent le feu sur les forts deTamatave , et les réduisirent au silence. Mais le manque de munitions neleur permit pas doccuper la place; cette inutile démonstration leur avaitcoûté vingt morts et cinquante-cinq blessés, et ltanavalo, en voyant lesnavires s'éloigner, fit exposer les tètes des marins tués le long des cotes,et se vanla fièrement davoir vaincu ensemble les Français et les Anglais coalisés. A Paris , la Chambre des députés, tout en constatant la légitimitéde nos droits, se montra hostile aux expéditions lointaines, et ladressedu Conseil colonial de Bourbon, adressée à Louis-Philippe , ne fut pas priseen considération. Dans Pile, les atrocités continuèrent. C'est ainsi qu'en1836, dans la nuit du 11) octobre, deux mille Ilovas envahirent, à la haiede Bavatonbé, le domicile dun colon français , 31. d'Arvoy, qui exploitaitune mine.de houille pour le compte dun négociant de Pile Mauricej M. Lam-bert. M. dArvoy fut égorgé, ainsi que plusieurs Français et un grandnombre de Sakalaves ; quatre-vingt-dix-huit travailleurs furent emmenésprisonniers et létablissement livré au pillage. A cette nouvelle, Ranavalo lit tirer sept coups de canon en réjouissance de la victoire remportée parses troupes sur les Français, et lannonça officiellement au gouverneur deMaurice ; celui-ci sempressa de féliciter la reine des Hovas de la victoirede Bavatonbé 1 ! Quant au gouvernement français , il laissa ce nouveloutrage impuni. .

Le régime de terreur organisé à Madagascar par Ranavalo et le con-seiller Roinizouare navait pourtant pas étouffé entièrement l'influencefrançaise dans Pile . Elle avait été entretenue, grâce à des miracles depatience, d'habileté et de sang-froid, par quelques-uns de nos compa-triotes. Sous lladama I er , un Français . M. Legros, construisit les principauxédifices et .jardins de la capitale dés Hovas ;un autre, M.Arnoux, avait pufonder une sucrerie à Mahéla, et il avait fait agréer par Ranavalo M. deLastelle comme son successeur. Celui-ci sut garder auprès de la reine toutson crédit ; elle le chargea même en 1839 de se rendre en France et dyacheter pour son compte des objets de luxe. M. de Lastelle introduisit àMadagascar le blé, lavoine, lorge et plusieurs arbres fruitiers de France ,et séjourna vingt ans dans Pile . Les entreprises de M. Laborde furentplus importantes encore, et son influence plus considérable. Jeté par unetempête sur la cote de l'ile, M. Jean Laborde , fils d'un maître forgeronet sellier dAuch , fut recueilli par un commandant hova. Il émerveilla lesbarbares par sa vivacité, sa gait.é, son intelligence, son énergie, son espritdinvention, la douceur et la droiture de son caractère. Ranavalo le fit venirà Tananarive ; il réussit à gagner les sympathies de cette reine capricieuseet féroce ; elle consentit à l'établissement de manufactures de toute sortedont notre compatriote lui suggéra lidée, et dont il prit la direction.M. Laborde n'eut pas dautre guide que son génie persévérant, son activitéinfatigable, et d'autre secours qu'une collection des Manuels encyclopédiqueslloret. Voici en quels termes M. le docteur Vinson décrit lœuvre extraor-dinaire de ce grand homme ignoré, dont le souvenir fait honneur à lanation française :

1. DEscamps, page 179.