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en est propre, l’intérieur coquet; et des jeunes filles nous sou-rient, montrant leurs dents blanches, tandis que les hommesnous crient : Marmites, marmites ?... ce qui veut dire : Voilàdes porteurs, voulez-vous des porteurs ? De temps à autre, desHovas, à la démarche hésitante, à l’œil oblique, au sourireméchant, vous accueillent d’un : Bonjour, mousiou !
» De modestes boutiques étalent sur les seuils leurs produitshétéroclites; ce sont de vastes paniers pleins de sauterelles des-séchées, des bouteilles vides, quelques cotonnades anglaises, degrossières rabanes, de microscopiques poissons, des perruches àtête bleue, des makis, de grands perroquets noirs, d’énormespaquets de feuilles de ravenal servant de nappes, quelques fruitsdes tropiques, des nattes, et l’éternelle barrique de betsa-betsa.La betsa-betsa est une liqueur de jus de canne fermentée, mélan-gée de plantes amères; c’est une boisson détestable, à notreavis, mais dont les Malgaches font leurs délices.
» Nous avançons ; la rue, de plus en plus animée, nousannonce le bazar ou marché. Un affreux Chinois nous adresse laparole dans un français impossible, et nous force par d’irrésis-tibles agaceries à pénétrer dans sa boutique. C’est un pandé-monium où règne le plus étrange désordre et dont le maître decéans représente l’article le plus curieux. Nous atteignons lebazar; là, sous des auvents de l’aspect le plus sale et de quel-ques pieds à peine élevés au-dessus du sol, gisent des boutiquesaristocratiques des braves des braves ; en effet, presque tousles marchands sont Hovas ; ils président, couchés à l’orientale,à la vente des menus objets étalés devant eux ; ce sont : du sel,des balances, des étoffes, de la vieille coutellerie, des viandes etdes poissons ; l’atmosphère empestée par les émanations dusang des bœufs qu’on tue sur place, rend ce séjour dangereux ;des nuages de mouches fondent sur vous, noires et bourdon-nantes, et vous abandonnez ce foyer de pestilence, le cœur affadi,l’imagination frappée de malaise, plein de dégoût pour cetterace abâtardie des Hovas qu’o,n vous avait dépeinte sous de sibelles couleurs.
» ... Le lendemain, M. Clément Laborde nous attendait à sacampagne, située à 12 kilomètres environ de Tamatave . Letacon est le seul véhicule usité à Madagascar ; sa construction
sécheresse ; il suffit d’entailler la paroi du tuyau avec une pointe de fer pour voirs’échapper une gerbe liquide.— (Bainier, p. 767.)