839
tester contre cette dévastation sacrilège et jettent sur la cam-pagne un air de mortelle tristesse. » (D. Ciiarnay 1 , Excursion àMadagascar . — Bulletin de la Société de géographie de Paris,juin 1 864.)
Une excursion elle* les Antanosses; le famakc.
M. Alfred Grandidier entreprit, en 1838, la traversée de î'ile de Mada gascar , de Tulléar à Yaviboule. Un des chefs de la province d'Anossi, llabé-nafer, un des rois sakalaves que les llovas ont dépossédés, lui servit deguide, moyennant de riches cadeaux, fusil, poudre, grains de corail, piècesde percale et d’indienne, bouteilles de rhum. Ce dernier article surtout lutaccueilli avec enthousiasme par Rabénafer et son entourage. Le voyageurfut conduit de Tulléar à Salonbé chez le roi Zoumaner, chef des Antanossesémigrés où il espérait trouver les guides nécessaires pour son long et péril-leux voyage.
« Le 29 septembre, j’étais prêt à partir. Ma petite troupese composait du fidèle Cravate, mon serviteur favori, d’unchasseur, Bouéza, et des douze Antanosses que j’avais em-pruntés à mon ami Rabénafer. Cravate était un Betsimisa-rake actif et intelligent; quelques leçons de taxidermie luiavaient suffi pour devenir mon empailleur attitré, et je luiavais en outre délégué mes pouvoirs sur tous mes gens. Sonnom lui venait d’un foulard de soie rouge qu’il aimait àenrouler autour de son cou. Quanta Bouéza ou le perroquet,c’était un gros Cafre robuste, mais paresseux comme tousles esclaves africains. Je n’ai pas toujours eu à me louer deson service, et ses exploits cynégétiques n’ont jamais étébien remarquables ; je le soupçonne fort d’avoir pris l’habi-tude, lorsque je l’envoyais à la chasse, de se coucher au pieddu premier arbre dont les branches touffues pouvaient luioffrir un frais ombrage, et de s’y endormir jusqu’à l’heure duretour. Est-ce à sa grosse voix stridente qu’il devait sonsurnom, c’est ce que je ne saurais dire. Brave homme dureste, doux et serviable, pourvu qu’on ne lui rappelât passon origine africaine, dont il rougissait. Nul n’eût été plusheureux ici-bas, s’il n’avait porté au front la trace indélébiledes incisions distinctives de la tribu des Macouas.