842 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,baguette de mon fusil et Zoumaner se saisit de sa sagaie;nous en plongeons les extrémités dans le liquide sacré. Lechef principal du village, tout en frappant avec un couteaules armes que nous tenons chacun de la main droite, prononceun discours où, après avoir célébré les louanges des hautesparties contractantes, il énumère les obligations qu’impose leserment du sang, et appelle sur nous les plus grands malheurssi nous venons à nous parjurer. Mon serviteur Cravate , pen-dant ce temps, ne cesse d’arroser le fer de la lance du liquidesanglant. Zoumaner, remplissant alors une cuiller de bois dubreuvage sacré, me la porte à la bouche et m’en fait boire lecontenu, puis me frappe sur les deux épaules, dans le dos etsur la poitrine, avec la cuiller vide. Je répète la même céré-monie, et nous sommes frères de sang, le famake est con-sommé. Ma nouvelle famille m’adresse ses félicitations, etune nuée de princes et de princesses, les uns m’appelant leurfils, les autres me donnant le nom de père ou de frère, vien-nent me serrer la main.
» Sur ces entrefaites, je tombai malade ; une fièvre tenaceme força à m’aliter. Ce n’était qu’avec peine que je pouvais metraîner auprès de mes instruments de météorologie pour enfaire les lectures quotidiennes. Zoumaner voulut entreprendrema guérison ; je le laissai faire par curiosité. Dès qu’il me viten proie à un accès chaud, il envoya Béfaner chercher un deses talismans ; c’était un mauvais bout de corne de bœuf, ornéde perles de verre, et rempli d’une boue noirâtre, mélange defeuilles d’arbre carbonisées, de piment pilé et d’huile de ricin;dans cette boue nageaient divers grisgris, tels que vis brisées,vieux ciseaux, aiguilles rouillées. Le précieux remède futreligieusement apporté par Béfaner sur un sahafe ou petitplateau de jonc. Le roi, après avoir adressé une prière àDieu , me toucha le front et la poitrine avec cette corne; puisil retira une des aiguilles qui étaient plongées dans la mixtureet la passa sept fois sur sa langue en comptant à haute voixet replongeant à chaque fois le fer dans la corne. Ce fut ensuiteà mon tour de subir la même épreuve. Dès la première fois,je fis une singulière grimace : le piment me brûlait la gorge