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et l’huile de ricin me donnait des nausées; cependant, jesubis courageusement les attouchements cabalistiques et jevous laisse à penser si je fus aise de voir la septième épreuvefinie. Mais je n’en étais pas quitte pour si peu; le roi se mità me pousser la même aiguille dans le nez aussi loin qu’il leput. Du coup, je me débattis, mais j’étais faible, et il mefallut en passer par où il voulait. Eternuant, les narines enfeu, je demandais grâce; le bourreau ne me lâcha que lors-qu’il eut encore introduit son doigt, tout huilé de son remèdemaudit, dans mes oreilles. Après avoir suspendu sa corne àla tête de ma natte, il allait se retirer, et j’en bénissais leciel, lorsque s’avisant d’un oubli, il défit rapidement son sadiha(lambeau de toile dont les Malgaches se ceignent les reins),et en trempant le bout dans une calebasse pleine d’eau, ilm’en frappa à plusieurs reprises sur la tête, au dos, sur lapoitrine, me mouillant jusqu’aux os au plus fort de l’accès.» Le lendemain, de grand matin, il accourut prendre demes nouvelles. Je l’assurai que j’allais beaucoup mieux, es-pérant éviter un nouveau martyre. Vain espoir ! 11 eût tropcraint de perdre la poule aux œufs d’or. Aussi une nouvellecérémonie recommença, cérémonie que cette fois j’acceptaid’assez mauvaise grâce.
Dès que je me fus convaincu de l’impossibilité matériellede mettre mon projet de voyage à exécution, tant que dure-rait la guerre des B ares, et que, d’autre part, j’eus acquis lacertitude que cette guerre malencontreuse n’était pas près definir, je pris immédiatement la décision de revenir à Tulléaret de tenter la traversée de l’île sous un autre parallèle. Mesjambes me refusant tout service, je fis construire un tacon,sorte de litière, et j’engageai des porteurs. Ce fut le 30 octobreau matin que je me mis en route, non sans avoir été obligéde faire des largesses à ces rois mendiants. »
Alfred Grahdidiër 1 ,
Une excursion chez les Antanosses émigrés.
(Bulletin de la Société de géographie, février 1S72.)
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