GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE . 87
coûte que la peine de la faire ; mais il ne faut pas la voir detrop près. La cour qui les sépare de la route est remplie d’unfumier moitié solide, moitié liquide, où se vautre le porc,personnage important, qui est généralement chargé du paye-ment de la rente, d’une demi-douzaine d’oies, et de quelquespoules avec un coq. Çà et là, des enfants pieds nus et enguenilles, que l’on débarbouille le samedi. La chaumière aune porte basse (il faut se baisser pour entrer), divisée endeux compartiments. Celui de dessus reste ouvert. On le fermeau loquet, quand il y a un loquet. Ordinairement trois fenêtres,du plus petit format; j’ai vu plus tard des masures à une fe-nêtre, et même sans fenêtres. L’étable du pore est adossée àun des pans de l’habitation. Pas d’apparence de water-closets.On en trouve dans quelques habitations construites récemmentpar des propriétaires philanthropes ; mais c’est une nouveautéà laquelle les habitants n’ont pas réussi encore à s’accoutu-mer. J’entre dans un de ees wigwams de l’homme civilisé. 11y a deux pièces : dans la première, une large cheminée àmanteau où brûle un peu de tourbe, trois chaises en bois, unepetite table, une commode, un rouet, un petit miroir de deuxsous sur le rebord d’une fenêtre; une marmite contenant degrosses pommes de terre. Le sol est nu, et il n’y a pas de pla-fond. On voit le chaume à travers les branchages noircis quilesupportent. Derrière la chaumière, un petit champ de pommesde terre, où quelques choux sont plantés en bordure, enclosd’un mur de pierres superposées, avec des brèches provenantd’écroulements non réparés. A côté, un autre petit champ d’a-voine. Les pommes de terre et les choux forment le gros de lanourriture. On se procure les autres nécessités delà vie, et onpaye la rente en vendant le porc et l’avoine ; ou bien, si l’hom-me est jeune et entreprenant, il va travailler une partie del’année en Angleterre 1 ... La culture se fait à la bêche dans lespetites tenures. Quand le tenancier en a les moyens, il loueune charrue et un attelage : la journée lui coûte 10 schellings
1. a On estime, dit l’auteur, que dans les années de prospérité 100000 Irlandaistraversent le canal soit pour aller travailler dans les manufactures, soit pour fairela récolte, et qu’ils en rapportent une somme de 5 à 600000 livres sterling. »
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