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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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102 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

Les rixes, les violences, les meurtres, sont continuels dans ces repairesimmondes où les agents de police ne pénètrent pas sans mille précautions ;la débauche et l’ivrognerie y sont permanentes. Un des vices les plusrépandus en Angleterre, et surtout à Londres , est l’abus des liqueursfortes. Les public-hoases, on palais de gin ( gin-palaces ), à certains jours,ne cessent d'ètre remplis de buveurs qui se pressent, debout, dans la salledu comptoir \bar-room), plus ou moins sale et enfumée. M. Esquiros a vudes pères et des mères engager, entre les mains du prêteur sur gages, leshabits de leurs enfants et les boire. Les policemen de Londres ont fort àfaire le samedi soir, et surtout pendant la semaine de Noël , de lier etd’emporter sur des civières des femmes ivres-mortes, et des habitués detavernes qui ont salué de libations trop copieuses de whisky le retour dumerry Christmas. Les sociétés de tempérance (teetotallers), importéesd’Amérique, — en même temps que le bar, disent les Anglais — cherchent,avec un zèle louable, à guérir ou atténuer le mal, et condamnent, sans selasser, l'usage des boissons fermentées, en prônant l'influence salubre del’eau claire 1 . Des statistiques récentes n’en évaluent pas moins, en uneseule année, la consommation de la bière, des spiritueux et du vin à700 millions de litres, représentant 34 millions d’alcool pur, soit pour plusde 100 francs par tète. Les cas d’aliénation mentale, de suicide et de policecorrectionnelle suivent les progrès de l’alcoolisme.

« Je vis entrer dans une boutique de marchand de ginune vieille pauvresse qui est restée dans ma mémoire commeun souvenir de cauchemar. J’ai étudié de près la gueuserie espa-gnole, et j’ai souvent été accosté par les sorcières qui ont posépour les caprices de Goya ; j’ai enjambé le soir des tas de men-diants qui dormaient, à Grenade, sur les marches du théâtre;j’ai donné l’aumône à des Ribeira et à des Murillo sans cadre,enveloppés dans des guenilles, où tout ce qui n’était pas trouétait tache; j’ai erré dans les repaires de l’Albaycin et suivi lechemin de Monte-Sagrado, où les gitanos creusent leurs tanièresdans le roc, sous les racines des cactus et des figuiers d’Inde ;mais je n’ai jamais rien vu de plus morne, de plus triste et deplus navrant que cette vieille entrant dans le gin-temple.

» Elle avait un chapeau, la malheureuse, mais quel chapeau !Jamais âne savant n’en a porté entre ses oreilles velues un pluslamentable, plus éraillé, plus chiffonné, plusbossué, plus piteu-

1. On peut lire dans ]c Journal des Economistes (février 1S73), un intéressantarticle de M. de Colleviilc. intitulé la Tempérance et le Néphalisme. Le népha-lisme (sobriété, abstinence absolue d’alcool) forme une ligue dont le siège est àLondres. Cette ligue a fondé, vers 1860, à Desbrook , près de Belfort (comtéd’Antrim , Irlande), une ville de buveurs d’eau, au milieu des champs et des fila-tures de lin. Besbrook emploie 4 000 ouvriers et ouvrières; la société de tempé-rance y obtient des résultats merveilleux au point de vue morol et môme finan-cier.