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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE .

sement grotesque. La couleur, depuis longtemps, n’en était plusappréciable; s’il avait été blanc ou noir, jaune ou violet, c’est ceque je ne saurais vous dire. A la voir ainsi coiffée, on eût ditqu’elle avait sur la tète une écope ou une pelle à charbon. Surson pauvre vieux corps pendaient confusément des haillons queje ne saurais mieux comparer qu’aux guenilles accrochées au-dessus des noyés au porte-manteau de la Morgue ; seulement cequi était bien plus triste, le cadavre était debout. Quelle diffé-rence de ces lambeaux terribles aux bonnes guenilles espagnoles,rousses, dorées, picaresques, qu’un grand peintre peut repro-duire, et qui font l’honneur d’une école et d’une littérature ;entre cette misère anglaise, froide, glacée comme la pluied’hiver, et cette insouciante et poétique misère castillane, qui,à défaut de manteau, s’enveloppe d’un rayon de soleil, et qui,si le pain lui manque, étend la main et ramasse par terre uneorange ou une poignée de ces bons glands doux qui faisaient lesdélices de Sancho-Pança ! » (Th. Gautier, Une journée à Londres ,art. cit.)

Si la plaie du paupérisme en Angleterre est plus profonde qu’en aucunautre pays, la libéralité du peuple anglais est plus grande que celle d’au-cun autre peuple. A Londres seulement, on compte plus de 900 institutionscharitables, quelques-unes fondées pour l’instruction des classes pauvres,et le plus grand nombre pour subvenir aux nécessiteux, sous toutes lesformes : distributions de vivres, dons d’argent et de vêtements, payementde loyers, etc. La ville dépense 35 millions par an pour ses indigents, et sil’on compte les budgets des associations privées, on arrive au chiffreénorme de 225 millions annuellement distribués ; un huitième de la popu-lation est inscrit sur les registres des indigents. Ces largesses ont eu quel-quefois pour résultat d'augmenter le mal qu’elles voulaient guérir. On avu des gens se mettre délibérément dans les conditions de misère néces-saires pour attirer les aumônes, et compter pour vivre uniquement surl’Assistance publique. Une société pour l’organisation de la charité s’estformée pour étudier les cas d’indigence, surveiller les individus secourus,réprimer la mendicité. Elle a découvert des fraudes honteuses, rayé de seslivres des mendiants imposteurs, et mis la main sur une bande d’escrocs,qui, par une adroite exploitation de la pitié publique, étaient parvenus àse faire chacun un revenu de 600 francs par mois. On évalue à un millionle nombre d’individus qui, en Angleterre, dépendent absolument des pa-roisses pour leur entretien, et sont recueillis dans les workhouses. Deuxautres millions demandent à leurs paroisses des secours temporaires. Onsait que depuis le règne d’Elisabeth, le droit à l’assistance est reconnu parles lois anglaises ; la taxe des pauvres pèse lourdement sur le budget destrois royaumes ; en 1881, elle a dépassé la somme de 215 millions, sanscompter les charités privées. Des comités spéciaux d’assistance, dirigés parun Bureau des Curateurs (Board of Guardians), administrent les circon-scriptions de bienfaisance ( Poor Law Unions ou Commissioners ). A