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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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108 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,autre port, un autre spectacle grandiose. Ici, l’admiration sechange en stupeur; on croit rêver. On dirait qu’on va entrerdans un autre Londres . On passe près des docks des Indesorientales; on côtoie les arsenaux de Woolwich; on file lelong des docks Victoria, qui s’étendent pendant 3 milles surla rive gauche, et on avance toujours entre des murs sans fin,des nefs sans nombre, des marchandises, des machines, dela fumée, des sifflements, des départs, des arrivées, des pa-villons de tous les peuples de la terre, des figures de toutesles couleurs, des paroles de langues inconnues, qui vous ar-rivent à l’oreille des navires voisins, des vêtements étranges,des cris sauvages qui font passer devant votre imaginationdes mers et des rivages lointains. Et il y a trois heures quece spectacle dure ! Votre admiration a beau être fatiguée, ilvous faut recommencer à admirer. La tête s’exalte; onn’éprouve plus ce sentiment de demi-humiliation qu’on res-sentait d’abord en comparant ce pays au sien propre; on necompare plus, on se sent devenir cosmopolite, et l’orgueilnational se perd dans l’orgueil humain; on ne voit plus leport de Londres , mais le port de tous les pays; le centre ducommerce de la terre ; le lieu de réunion des peuples de touterace et de toute zone ; et, pendant que les yeux regardent là,la pensée traverse les continents et se représente les immensescourbes décrites sur le globe par ces myriades de navires quise rencontrent et se saluent ; les fatigues et les périls infinis,le va-et-vient perpétuel sur terre et sur mer, le travail éter-nel de l’humanité infatigable, et il semble qu’on comprennepour la première fois les lois de la vie et de l’univers. Et enmême temps le bateau vole ; la Tamise s’élargit ; les forêts demâts ne paraissent plus que comme de vastes plantations deroseaux, sur l’horizon légèrement doré par le soleil quis’abaisse; mais les docks succèdent encore aux docks, lesbassins aux bassins, les magasins aux magasins, les arse-naux aux arsenaux. Londres, l’immense Londres , est toujourslà; Londres , après quatre heures de navigation, nous suit;à droite, à gauche, en avant, partout où arrive le regard,on voit encore, presque avec un mélange de doute et d’épou-