182 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,assisté, sans me lasser jamais, au déchargement des im-menses bâtiments venus d’Amérique et d’Australie , avec lesdépouilles des eldorados lointains.Ici l’on assiste à l’em-
barquement d’un convoi d’émigrants russes ou allemands,hâves, déguenillés. Puis après les cargaisons humaines expor-tées pour les Indes et l’Australie , voici les cargaisons doviande animale convoitées par l’Angleterre : gras moutonsdodelinant la tete, grands bœufs cornus roulant des yeux
glauques, porcs fouillant du groin le sol. Plus loin, la
même agitation règne dans un navire qui vient d’entrer enrade, avec un arrivage de nerveux pur-sang; à grand’peine,les maquignons font sortir des boxes les bêtes qui résistent,renâclent, chancellent sur leurs jambes, battent le pont deleurs sabots mal assurés. Puis encore, ce sont des transportsde victuailles, de salaisons, de tonnes de pétrole ou de gou-dron, déchargés par tas énormes qui encombrent les quais ;des amoncellements de cuirs de Buenos-Ayres ; des amascroulants de peaux de bêtes saignantes; des montagnes decornes de buffles répandant une pestilence fade de charnier;et le bruit des eaux, la clameur des hommes, le vacarme deschantiers, le ronflement des machines, le grincement desmilliers d’essieux broyant le pavé, composent un orchestreprodigieux dont les rauques sonorités ébranlent l’air du leverau coucher du soleil.
» .De la jetée, les regards se portent sur un panorama
merveilleux : devant soi, la rade et ses flottilles de navires,le fleuve aux eaux limoneuses, les hélices tourbillonnantes,l’entrée et la sortie des barques de pêche, un bouillonnementd’écume, des envolées de voiles, un perpétuel frisson de l’airet de l’onde; au second plan, le tumulte du port, les alléeset venues de ses équipes de marins et de portefaix, les mon-tagnes de caisses et de ballots s’étageant sur les quais ; puis,pour fonds, la ville avec son enchevêtrement de toits, d’au-vents et de chevets d’églises, sa mêlée d’aiguilles, de tourelleset de clochetons, ses fouillis d’architectures dentelées, ouvréesâ jour, vraies broussailles de pierre, hérissées de pignons, dedais, de pinacles, du milieu desquels darde en plein ciel,