196 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
récages et de fondrières, dans les -vallées tourbeuses de l'Escaut, de laMeuse et du Rhin , livrées à tous les caprices de la mer et des eaux flu-viales, vivaient les tribus germaniques des Bataves et des Francs, et, plusrapprochées des rivages du nord, les nations frisonnes. Elles subirent,comme les Gaulois, la domination romaine ; la révolte de Civilis (69), malgrél’appui des confédérations celtes, ne les délivra pas. — Après la chute del’Empire romain et la création des royaumes mérovingiens, les Frisonsgardèrent leur indépendance, tandis que la Batavie était réunie à l’Ostrasie franque. Les Frisons, restés païens, étaient des pirates redoutés; alliés desSaxons, ils soutinrent des luttes continuelles contre les maires du palaisd’Ostrasie , et persécutèrent les missionnaires chrétiens qui répandaient chezeux l’Evangile et y fondaient des églises. L’évêque Boniface, en 755, fut undes martyrs de la Frise. — Charlemagne les vainquit et les força à recevoirle baptême, après la soumission du Saxon Witikind (785); Louis le Dé bonnaire essaya d’organiser la Frise et de la défendre contre les invasionsdes Normands. Ceux-ci établirent leurs stations à Walcheren et dans leslies néerlandaises; tous les grands chefs normands, Rourik, Rolion, Gott-fried, Siegfried, préparaient dans ces camps retranchés maritimes leurscourses audacieuses, et les plaines frisonnes furent les premières pilléespar les corsaires. Peu à peu cependant la Germanie s’organisa ; les mission-naires du huitième et du neuvième siècle y introduisirent, avec une reli-gion nouvelle, des mœurs plus traitables; délivrés des Normands par lesempereurs de la maison de Saxe, les Frisons eux-mêmes s'adoucirent, défri-chèrent et cultivèrent le sol, commercèrent avec l’Angleterre et les peuplesde la Baltique , et commencèrent, par la construction des premières digueset la création des premiers polders, la lutte héroïque et féconde contrel’Océan., ,
Malgré leur caractère farouche, ils acceptèrent plus ou moins docilementla suzeraineté féodale de comtes héréditaires au onzième siècle; il y eutdes marquis de Frise , des comtes de Hollande , de Gueldre , de Zutphen , desseigneurs de Brabant et de Clèves, des évêques d’Utreeht. Les Frisons«rientaux, à peine convertis, étaient d’ailleurs des vassaux fort turbulents.On vit plus d’une fois leurs flottilles, comme celles des Normands du neu-vième siècle, s’abattre sur les rivages de l’ouest, et leurs bandes, uniesaux paysans soulevés, opposer aux croisades de la chevalerie des jacque-ries terribles, chasser les évêques et les chevaliers, brûler villes, châteauxet monastères, et livrer, durant cette période féodale de quatre siècles, laHollande et la Zélande au déchaînement des haines sociales, du fanatismeet de la cupidité. Dans le même temps, et surtout au treizième siècle, lesrévolutions de la nature se mêlent à celles des hommes. C’est en 1284 quela mer s’ouvrit violemment un passage à travers la Frise, et du lac Flevofit l’immense Zuyderzée, engloutissant en quelques heures, dans cette irrup-tion soudaine, plus de cent villages et cent mille individus.
Période bourguignonne (1428-1482). — Au quinzième siècle seu-lement, une vie plus calme commença pour ces peuples. La mort de Guil-
Pays-Bas depuis 1814 .-jusqu’en 1830 (1839, 3 vol. in-3 û ) ; Cerisier, Tableau deT histoire générale des Provinces-Unies (1777-85,10 vol, in-12) ; Basnage , Annalesdes Provinces-Unies (1726, 2 vol. in-f»); Leclerc, Histoire des Promnces-Ûnies(1723, 2 vol. in-f»); Kerroux, Histoire de Hollande et des Provinces-Unies (1778,2 vol. in-4°); Himly , Histoire de la formation territoriale des États de l’Europecentrale (2 vol. in-S", 1876),