198 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
pensionnaire Olden Barneveld avait décidé les Etats-Généraux à fonder laCompagnie néerlandaise des Grandes-Indes , véritable puissance exté-rieure qui avait son gouvernement dans la Chambre des dix-septdirecteurs, qui battait monnaie, faisait la paix et la guerre, bâtissait desforteresses, entretenait des armées, et exerçait sur les mers du sud unrigoureux monopole. En cinquante ans, elle enleva aux Portugais toutesleurs colonies malaises, éleva Batavia, occupa Formose, Ceylan, les côtesde Coromandel et de Malabar, le Cap de Bonne-Espérance , étendit ses opé-rations au Japon qui ne s’ouvrit qu’à elle seule pendant plus de deux siè-cles. Son capital était à l’origine de 6 300 000 florins; pendant un siècle, lesintérêts des actionnaires s’élevèrent parfois à 60 pour 100, et ne descendirentjamais au-dessous de 12 1/2 ; les hollandais étaient par le nombre deleurs vaisseaux et l’activité de leurs transports les courtiers des mers;Colbert comparait avec dépit leurs 16000 navires de cabotage ou de longcours, aux 600 bâtiments de notre flotte marchande. Dans le même temps,l’érudition, la poésie, l’histoire, étaient cultivées avec éclat; l’art produi-sait d’admirables chefs-d’œuvre; Hobbema , Ruvsdaël, Rembrandt , Paul Potter , Gérard Dow , Terburg , Van der Helst , etc., étaient les artisans degénie de cette renaissance originale de la peinture néerlandaise.
L’invasion de la Hollande par les armées de Louis XIV froissé de l’opposi-tion de cette république de marchands calvinistes qui avait noué contre luila Triple alliance de La Haye, ramena au pouvoir le parti de Nassau ; Guil laume III , proclamé stathouder (1672), après la sanglante émeute qui immolales deux frères de Witt, sauva l’indépendance menacée, et fit de la Hol-lande l’àme des coalitions de l’Europe contre Louis XIV : quand il mourut(1702), plus roi en Hollande qu’en Angleterre, les Etats-Généraux suppri-mèrent le stathoudérat et gouvernèrent avec le grand-pensionnaire IIeinsius,disciple de Guillaume et continuateur habile de sa politique étrangère. Auxtraites d’Utrecht (1713) et de la Barrière (1713), les Provinces-Unies obtin-rent des agrandissements et des garanties. La paix rendit l’essor à la pros-périté publique, et la Compagnie "des Indes servit des dividendes de 50 pour100. Entraîné dans la guerre de succession d’Autriche en faveur de MarieThérèse, le parti républicain fut battu par le maréchal de Saxe, et une révo-lution rétablit le stathoudérat en faveur de Guillaume IV de Nassau (1747-1751), et le déclara héréditaire. Le traité d’Aix-la-Chapelle (1748) renditaux Provinces-Unies l’intégrité de leur territoire. Sous le règne du faibleGuillaume V (1751-1795) soumis à la tutelle du duc de Brunswick-Wolfen-buttel, la décadence de la Hollande commença ; son adhésion à la ligue deneutralité armée la mit aux prises avec l’Angleterre dans la guerre de l’in-dépendance d’Amérique ; elle fut vaincue et sa marine de guerre presquedétruite; sa marine marchande perdit plus de 300 vaisseaux et 15 mil-lions de florins enlevés par les corsaires anglais ; ses colonies lui furentrendues en 1783, grâce à l’appui de la France , son alliée. Quatre ans plustard (1787), une nouvelle révolution du parti républicain ou patriote des-tituait et chassait le stathouder; la même annee, il fut rétabli par unearmée prussienne, sous les ordres de Brunswick, qui imposa militairementaux députés hollandais la loi de l’étranger.
Période française (1795-1814). — Le parti patriote prit sa revancheen 1794, quand les soldats de Pichegru , chassant devant eux les arméescoalisées, déjà maîtres de la Belgique , traînant leur artillerie sur lescanaux gelés, vinrent occuper Amsterdam et le Helder, et capturer la flottedes Provinces-Unies dans les glaces du Texel. Le stathouder Guillaume V s’était enfui honteusement en Angleterre. Les Provinces-Unies traitèrent